28/07/2012

Le PAIN des rassasiés

Le pain des rassasiés

 

Les dimanches après Pâques le Jour de la Première Communion est fêté dans certaines de nos paroisses. Pour beaucoup d’enfants, c’est « le plus beau jour de leur vie. » Pour de nombreux adultes, c’est un jour de nostalgie et de mauvaise conscience. Ils se souviennent du temps de leur jeunesse et de leur Foi innocente qui semble les avoir abandonnés aujourd’hui, du moins c’est ce qu’ils pensent.

 

Ces doutes ne devraient pas les décourager.

Car la Communion évoque aussi les merveilleuses histoires que l’on raconte durant la Messe :

 

L’histoire du Peuple au désert alimenté par la manne tombée du ciel

L’histoire de la veuve de Sarepta chez qui le prophète fut envoyé afin de la protéger de la famine et de la mort

 

L’histoire qui affirme, selon les législateurs de la Loi, que les riches qui se nourrissent aux dépens des affamés commettent un grand crime

 

L’histoire de Jésus de Nazareth qui n’est pas venu pour être adoré, mais afin de partager sa Vie avec celles et ceux qui ont faim, avec les lépreux, les marginaux, les méprisés et les désespérés.

 

pain-vin.jpgAvant sa grande souffrance et sa mort, Jésus nous offre, en quelque sorte en tant que Testament, un repas. Il prit alors du pain, remercia Dieu, rompit le pain et le donna aux siens… Depuis lors: rompre le pain, le partager est devenu l’acte central des disciples du Messie Jésus… C’est aussi le signe de notre rencontre avec Dieu.

 

Le pain ne nous est pas donné pour être vénéré mais pour être partagé et mangé avec ceux qui ont faim. Ce n’est pas la transformation du pain qui est au centre, mais la transformation de nos vies et de notre société. Ce n’est pas dans l’hostie que nous trouverons Dieu mais dans la solidarité avec les plus pauvres.

 

Nous devons quotidiennement avancer sur le chemin du partage. C’est le chemin vers la Liberté – en même temps pour les affamés et pour nous, les rassasiés.

 

Hermann Josef Venetz

Traduction : Claire-Marie Jeannotat

Avec l'aimable permission de l'auteur

 

Ce que claire-marie ajoute :

 

Image6.jpg« Même dans les Pays riches, il y a 2 personnes sur 3 qui subissent une vie sous le seuil de pauvreté. Au COEUR DE L'ABONDANCE, en pleine croissance économique via les hiérarchies de revenus créées par l'équité...parce qu'on ne veut pas partager

L'équité est le contraire de l'égalité. L'équité crée les pauvres et L'ÉGALITÉ PERMET À TOUT LE MONDE DE PROFITER DE TOUT. »

 

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07/07/2012

Un plaidoyer pour l'insolence

 

av_03g.jpgDans son Évangile, Luc présente, par deux fois, des exemples  de personnages insolents.

La première fois, il s’agit d’un homme qui vient réveiller son ami en pleine nuit pour lui demander du pain. Bien sûr que l’ami, tiré de son profond sommeil aurait volontiers envoyé aux pives l’importun ! Malgré tout, il sort du lit pour lui donner ce dont il a besoin. Ce n’est pas l’amitié qui le fit sortir du lit, mais l’insolence de celui qui le réveillait en pleine nuit (Luc 11, 5-8).

La deuxième fois, il s’agit d‘une veuve qui avait des désagréments avec les proches de son mari défunt. Elle chercha un juge pour qu’il l’aide mais celui-ci, un fonctionnaire sans-pitié, renvoya la femme. Mais elle revint plusieurs fois sans se décourager. Ce juge qui ne craignait ni Dieu ni diable  s’est dit : « Je veux m’occuper de cette femme avant qu’elle ne revienne encore une fois et ne me casse la figure.» (Luc 18,1-8)

Jésus est profondément convaincu que, lorsque nous venons à lui avec nos besoins, et que ces besoins sont conformes avec ceux pour  lesquels il s’est toujours engagé avec passion et avec un amour inconditionnel, il ne nous laisse pas tomber… Nous sommes  solidaires avec les nécessiteux, les privés de droits, les déportés, les étrangers. Notre prière et nos actions persévérant…au risque de l’insolence, font  à la longue, pencher la balance en faveur de la justice  pour tous.

Hermann-Josef Venetz

Traduction : Claire-Marie Jeannotat

Avec l’aimable permission de l’auteur

 

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17/10/2011

Refus de la misère

 

Journée  mondiale du refus de la misère le lundi, 17 octobre 2011

 

Les miséreux vivent la misère au quotidien. C'est concret. C’est la raison pour laquelle ils osent prier: « Donne-nous aujourd’hui notre pain 5-pains-2-poissons.jpgquotidien.»  A la messe, au culte, « avec nos petits ventres remplis » cette prière a-t-elle un sens ? Oser réciter cette prière pour les miséreux ou pour les misérables ? Ce serait une injure! Non, ce serait donner une gifle à leur dignité ! " Les affamés n’ont pas besoin de notre prière, ils ont besoin de justice et de solidarité."* De pain concret, partagé.

L’Eucharistie : signifie "merci du partage" que l’on fait en souvenir de l’auteur : Jésus-Christ. Il a dit : « Ce partage de pain, faites-le en mémoire de moi. » une « mémoire » qui pourrait changer le monde. Mais cette mémoire « dangereuse » ne doit jamais perdre son premier, le sens que Jésus lui a donné. 

Agir en partenariat avec les plus pauvres

Les plus pauvres sont parmi nous, à nos portes, « la porte des pauvres.» Ils pourraient et devraient pouvoir partager notre table et notre amitié. Si nous ouvrons nos coeurs et nos maisons. Ils sont à Bulle. En Suisse. Ils sont dans le Tiers-monde et le Quart-monde. Ils ont un nom, une famille, une histoire, ils sont parfois sans domicile fixe, sans toit, sans travail ni salaire ni pain quotidien. Ce fait nous dérange, nous irrite. Eux, ils végètent.

Quelle chance pour nous, si nous sommes encore capables de nous sentir indignés par l’injustice, c'est un signe d’espérance pour l’avenir. On le construit comment, l’avenir ?

 

Politiquement pratique : « Gauchebdo » Hebdomadaire politique romand, successeur de la « Voix ouvrière » fondée par Léon Nicole en 1944.

Bonne fin de Journée !

*Hermann-Josef Venetz "Das Vaterunser" p. 63, verlag Exodus 1989)

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21/04/2011

JEUDI SAINT

 

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Jeudi Saint 2011

C'est le souvenir du Pain partagé. Le souvenir des boulangers, des moissonneurs, des semeurs de graines, des laboureurs d'une terre qui appartient à ceux qui la travaillent!

Le pain, le travail, la terre, c'est un bien commun, c'est un droit humain. C'est le droit à la Vie.

Dans la Bible, il est question de terre, de travail, de pain, de repas partagé, de vie.

Il est question de propriétaires, de rois, de riches, d'exploités, d'exploiteurs, de guerres et de souffrance.

Il est question de la voix des prophètes, Jérémie, Isaïe, Michée qui crient sur les toits que le pain est la vie pour tous. Les pouvoirs tuent les prophètes.

Jésus arrive et se trouve dans cette même réalité d'injustice, d'exploitation, d'oppression, d'asservissement à l'empire par le biais chefs d'Israël. Ce jeune Israélien voit, analyse, ressent en lui-même l'intolérable souffrance des petites gens. Il a le don de l'empathie. Il se rend compte aussi que le système déshumanise les humains et que grands prêtres et chefs des temples prêchent la loi au nom du Dieu tout puissant « Ils lient des fardeaux pesants, et les mettent sur les épaules des hommes, mais ils ne veulent pas les remuer du doigt» (Mt 23:4). Jésus dénonce pour annoncer!

Jésus voit, il sent, la souffrance des opprimés devient la sienne mais pas dans une docilité morbide au statut quo, non, dans l'action pour un monde meilleur, ressuscité!

Dieu a créé l'homme debout. Jésus consacre sa vie terrestre à promouvoir la prise de conscience des opprimés de leur dignité humaine. Comme Paulo Freire, Dag Hammarskjöld , Helder Camara, Romero, Jon Sobrino, et tous ceux et celles qui nous sont connus l'ont fait et le font toujours. Comme l’Abbé Pierre qui dit: « La première règle avant d'agir consiste à se mettre à la place de l'autre. Nulle vraie recherche du bien commun ne sera possible hors de là. » Tous ceux-là et tant d'autres croient en l'être humain. Ils savent que, seul, le partage du pain, de l'eau, de la terre, du travail permettra la survie de l'espèce. Mais Jésus à voulu plus qu'une survie: « Je veux qu'ils aient la vie et qu'ils l'aient en plénitude » (Jean 10:10).

Le message de ce Jeudi Saint, c'est s'aider les uns les autres en commençant par se soigner les pieds, et c'est partager le Pain quotidien. 20100605-Zamay-ConsecrationEglise-RepasDanseuses-600px.JPGDonc le Pain de Vie. Cela nous oblige à l'engagement politique pour un changement de structures.

Plus simplement dit en ce Jeudi Saint : « La fraction du pain comporte une exigence de partage avec tous ceux qui ont faim de pain et de justice ». Vous pouvez trouver plusieurs de mes notes au sujet du Pain, de l'Eucharistie , de la Justice qui forment un tout organiquement lié en Janvier 2010 à l'adresse internet:

www. http://katutura.blog.tdg.ch/archives/date/201001.html




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08/01/2010

EUCHARISTIE FAMILIALE

 

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Fresque: une femme a le calice en ses mains lors de l' Agape dans la catacombe des Saints Pietro e Marcellino (Saints Marcellinus and Peter), Via Labicana, Rome, Italy.

Le pain: eucharistie familiale


Quand je vois des gens à l’église le dimanche, je me demande parfois quelle continuité il y a, depuis ce soir-là où Yeshua mangeait avec ses amis, en leur disant de faire de même en pensant à lui d'une part, et ces spectaculaires liturgies dominicales d'autre part. Des recherches historiques ont sans doute été faites sur cette « continuité », mais ce qui m’interpelle, c' est :

Cela veut dire quoi, le « curé dit la messe » « les pratiquants assistent à la messe », et « deux trois quatre curés concélèbrent » ???

C’est quoi, l'origine et l’essentiel de cette « continuité » ?

Il me semble qu’il s’agit avant tout de partage du pain entre ceux qui ont faim. Faim de nourriture, faim de dignité humaine.

Je crois que j’ai le mieux compris, par anticipation peut-être,  « l’eucharistie ou le partage du pain » lorsque, les enfants réunis autour de la table avec maman, papa prenait le pain, une belle miche ronde, en faisait des morceaux et nous les donnait. Quelques instants durant, nos espiègleries enfantines faisaient place à ce regard spontanément reconnaissant en recevant dans nos mains ce « pain de vie ». Puis, on mangeait en racontant la vie tout simplement, à la ferme, à l’école, au « caté », sur le chemin ; les parents discutant l’actualité rapportée dans le journal et radio Sottens et « comment cela nous concernait » !  Rien de solennel ni de triste. Du sérieux parfois et souvent, quelques batailles, des taquineries, des chansons et des choses pour rire. Tous reprenaient le travail et dépensaient l’énergie que nous avait donnée le pain partagé « fruit de la terre et du travail des gens ». Ce n’était pas dit. C’était vécu.

 

Selon moi c’était – pour employer des termes liturgiques – « l’eucharistie familiale ». C’était, si j’ose dire, le divin au cœur de l’humain, le « sacré animant le profane » comme les premiers chrétiens le faisaient « jour après jour, d’un même cœur ils (…) rompaient le pain dans leurs maisons, prenant leur nourriture avec joie et simplicité de cœur (Actes 2,46) ». Ils n’allaient pas à la Synagogue ni dans des temples.  Et ce pain partagé en famille au cœur de la vie quotidienne était le Pain de vie.

Mais la vie quotidienne implique l’économie, la finance, la politique, la culture, dans l’éternelle tension entre l’égoïsme qui capitalise plutôt que de partager d’une part, et, d’autre part, l’instinct de survie, donc de VIE, qui force celles et de ceux qui ont faim et soif de justice, de lutter comme Jésus l’a fait, pour renverser les trônes et les dominations. Selon moi, il me semble qu’une liturgie eucharistique répétitive et qui ne célèbre pas le dur labeur de la communauté présente, est anémique.

 

Je veux m’efforcer, dans les jours qui viennent, de raconter comment un homme, hélas trop peu connu chez nous, Bartolomé de Las Casas, à l’époque de la découverte des Amériques par Christophe Colomb, et comment lui, Las Casas, a découvert, le vrai pain partagé entre riches et pauvres, entre exploiteurs et exploités.

 

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06/12/2009

PAIN DE VIE

Le pain

 

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La sainte famille à table; Jan MOSTAERT

Papa et le pain, c’est tout un. Ce que j’écris est plus qu’un souvenir, c’est la vie et j’écris comme on écrirait l’évangile à l’indicatif présent.  Papa, c’est le laboureur, le semeur, le moissonneur, le boulanger, et celui qui partageait « Notre pain quotidien » sous le regard sacerdotal de maman qui avait préparé la table, comme on prépare la table pour une eucharistie de gratitude. On est conscient de faire partie intégrante de la terre, de la famille, du travail, de la faim et/ou de l’appétit, du partage du pain.

 

Une fois par semaine, papa versait la farine dans le pétrin en bois brut. Il en mélangeait une petite quantité avec de la levure, du sel et de l’eau, le couvrait d’un linge humide pour le laissait reposer la nuit. Tôt le lendemain matin, le levain était longuement pétri dans et avec la farine restante, ses mains empoignaient, arrondissaient, levaient le morceau de pâte vers le ciel, et le renvoyaient vigoureusement mais gracieusement vers la planche à pétrir… un peu comme la danse du Boléro de Ravel avec Béjart:

http://www.youtube.com/watch?v=UnSh-KPV7QQ

Le bois chauffait le four durant une bonne heure à l’avance, cela était suivi du nettoyage méthodique des brindilles calcinées et des cendres et enfin un linge humide finissait la toilette du four juste avant que commence l’enfournée!  Les belles mains souples de maman formaient la miche, belle et ronde, la déposait sur la palette en bois à enfourner, que papa soulevait et faisait glisser jusqu’au fond du four. Ainsi une quinzaine de miches se laissaient dorer et brunir à la chaleur du bois à la senteur des pins de la forêt toute proche.

Quant à moi, j’avais l’insigne privilège de ramasser les derniers restes de pâte, d’en former des petits oiseaux, prêts à ouvrir leurs ailes, aux gazouillis de rossignols mêlés à nos pépiements paysans.

N’était-ce pas l’eucharistie dans son dépouillement et sa pureté ? La plus vraie ?

 

Le pain est la Vie. Nous devenions conscients d’être liés à la nature. Notre corps dépend tout simplement des « fruits de la terre ». Et le travail, le nôtre est le lien entre ces « fruits de la terre » et notre corps. Un lien comme la serrure et la clé !

 

Le pain est la Vie de ceux qui ont faim. Il s’agit de la production du pain à partir d’une relation avec la nature mais aussi d’une éthique qui concerne la famille humaine. Le partage.

 

Le pain partagé, un repas-fête de famille est vraiment du Pain, la nourriture et la présence du pain de vie dans le cadre de la vie de tous les jours et de tous les hommes nés pour vivre, donc pour se nourrir. De Pain.

 

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01/06/2009

LUTTE QUOTIDIENNE

 

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Une maman de deux adolescents, épouse d'un ouvrier accomplissant de durs travaux sur des chantiers. Cette famille habite un immeuble. Le loyer est au-dessus des moyens financiers, même si l'appartement n'est ni beau ni même confortable! Impossible de trouver autre chose !

Les enfants aiment l'école (la fille, est au collège) et travaillent bien. Le garçon est un peu frondeur, mais il fait du foot. Toujours, il faut de l'argent, toujours de l'argent. Pour arrondir le salaire du mari et essayer essayer de tourner, la maman a trouvé du travail dans un EMS, deux ou trois jours par semaine. Les factures, les impôts qui viennent de partout, fédéral, cantonal, communal, ecclésiastique, les caisses maladie, le loyer, bouffent l'argent disponible.

Que reste-il pour une nourriture saine? Pour des vêtements simples, pour éventuellement un petit plaisir?

Finalement, comme nous en étions venus à parler de ce temps de crise et de récession, quasiment comme un mal nécessaire « car cela ne pouvait plus continuer comme ça ! », nous n’avons pu éviter le spectre  du chômage toujours menaçant, la perspective de 30frs de plus pour avoir accès à un médecin!!! De la froideur des ministres lorsqu’ils parlent de ce qui nous concerne !

Cette femme ouvrière, mon amie et avec qui j'ai longtemps collaboré dans la défense du droit d'asile dans les années 1980 et 1990 au Jura, me dit d’un ton humble et net: « Tu vois, Claire-Marie, c'est bien beau de dire que nous vivons une époque unique et qui est aussi une chance pour un monde plus juste! Entre temps et au-delà des rêves et des utopies, il y a la dureté du quotidien des ouvriers! Le Travail, le Pain quotidien, c'est pas évident, même si tu pries le Notre-Père!»

Elle m'a apporté un cadeau: six oeufs frais du Marché à Fribourg! J'ai eu le cœur serré d'émotion, d'irritation aussi contre les experts, les moralistes, les prêcheurs, les économistes, les politiciens. Leurs flots de mots ne nous remplissent pas nos assiettes! Pourquoi ne se serreraient-ils pas la ceinture pour que leurs théories aient un contenu?

 

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