07/09/2014

11.09.2001: Rappelons-nous

 

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 Rappelons-nous : c’était le jour de ces terribles attentats contre les tours du World Trade Center de New York City et contre le Pentagone à Arlington. Ces attentats firent au moins 2989 victimes. Le monde entier fut sous le choc avec les États-Unis. Aujourd’hui encore, les médias parlent d’un événement qui a changé le cours de l’histoire, d’une date inoubliable pour l’humanité.

 Ce qu’on a oublié, c’est qu’à l’époque où les images terribles de ces attentats nous parvenaient, l’ONU publiait un rapport sur la faim dans le monde. Près d’un milliard de personnes (826 millions) souffrent de sous-alimentation. Chaque année des milliers de gens meurent de faim, de misère, de manque de soins médicaux. C’est sûr qu’au vu de l’horreur des événements de New York et de Washington, il n’y avait rien de nouveau, c’est juste courant, habituel. A la une de nos journaux, les victimes de famine ne font pas les gros titres, même s’ils sont des milliers à travers le monde. Pour eux, pas de cloches qui sonnent le glas, pas de minute de silence. Personne pour les pleurer, du moins sous nos latitudes.

 Il est tout à fait justifié de rendre hommage aux victimes de la terreur – qui a pris de nouvelles proportions – en termes émouvants. Mais on ne mentionne que rarement toutes les victimes de l’injustice et de la destruction de l’environnement.

 On peut très bien discuter de la guerre et de la terreur (il y a beaucoup d’experts), et les rôles sont clairement distribués : les bons et les méchants. Quant aux thèmes sur l’injustice, la famine dans le monde, c’est pas si simple. Alors on en parle pas.

 Hermann-Josef Venetz

 Traduction Christiane Gaeumann

 



 

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30/08/2014

Pas de pardon ?

 

L’article écrit par un politicien chrétien qui militait pour le „non“ à l’initiative pour le renvoi des étrangers porte le titre : „Pas de pardon pour les criminels étrangers“. Il pensait ainsi dissuader les partisans du „oui“ : il était lui-même contre l’initiative, mais il aurait pu l’approuver s’il n’était question que de renvoyer les criminels étrangers, qui effectivement ne méritaient „pas de pardon“.

 A peu près à cette époque, une discussion enflammée se déclara dans plusieurs régions de notre pays, sur un thème bien différent, semble-t-il. Est-il justifié, au sein d’un État libéral, de placer des croix et des crucifix en milieu public, dans les bâtiments officiels et dans les écoles ? Ne faudrait-il pas au nom de l’État laïc retirer de ces lieux les signes religieux, au nom de la liberté de croyance ? Ce sont principalement des politiciens chrétiens qui se sont engagés en faveur de ces signes, en particulier ceux pour qui il n’y a „pas de pardon pour les criminels étrangers“. Un tel engagement me paraît plutôt étrange et même paradoxal. Quand on parle de „croix“, ne devrait-on pas également parler de „pardon“ ?

 Ou alors on peut l’exprimer ainsi : là où le pardon n’a plus sa place – même pour les criminels étrangers ! – alors la croix perd effectivement sa justification et son sens.

 Hermann-Josef Venetz

Traduction Christiane Gaeumann

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20/08/2014

Parce qu’ils sont pauvres

 

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Le pape François nous a rappelé, d’une manière impressionnante, ce que la Bible nous a enseigné et que nous savons depuis longtemps déjà : Jésus se tient aux côtés des pauvres. Les Evangiles racontent inlassablement ce que vivent les chômeurs, les aveugles, les lépreux, les prostituées trainant dans les rue poussés par la faim, les petits paysans pour qui les impôts sont trop lourds.

 

Ironiquement, c’est pour ces gens-là que battait le cœur du Nazaréen. Et ce n’était pas un caprice. Il pouvait toujours, en lisant la Bible, apprendre comment l’Eternel était le Dieu des pauvres, des affamés,  des souffrants et des opprimés ; comment Dieu, par exemple, envoya Moïse avec la tâche de libérer son peuple :

 

Je suis le Dieu de vos pères, le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob… J’ai vu la misère de mon peuple en Egypte et j’ai entendu leurs cris sous le fouet maîtres ; oui, je connais sa souffrance. C’est pourquoi je suis descendu jusqu’à eux… (Ex 3)

 

Le Dieu de Jésus es un Dieu qui voit la misère, qui entend les plaintes, un Dieu qui ne peut se contenir quand il voit les besoins des hommes. Il nous est cependant difficile de faire face à ce constat. Et notre réaction – pour ne pas dire notre objection – est depuis toujours la même : les pauvres ne sont pas meilleurs que les riches. On n’a qu’à demander aux travailleurs sociaux qui s’occupent quotidiennement des pauvres : Il n’y a pas mal de pauvres qui sont tricheurs et voleurs, qui sont jaloux  et menteurs, il n’y a pas moins d’intrigants et de violents parmi les pauvres qu’ailleurs.

 

 

 

Mais il s’agit précisément de se confronter à cette difficulté. On s’imagine donc toujours que Dieu doit aimer comme nous aimons, et nous aimons parce que les autres sont aimables envers nous, parce qu’ils ne nous ennuient pas, parce qu’ils nous respectent, parce qu’ils ont les mêmes idées que nous, parce qu’ils laissent la cage d’escalier en ordre comme il se doit…Et ainsi nous pensons et nous attendons de Dieu qu’il n’aime que les gens bien, les gens qui ne font pas de difficultés, qui vont à l’église le dimanche, qui payent leurs taxes et qui portent une veste blanche…

 

La Une parole de Jésus me vient tout d’un coup à l’esprit : Lorsque vous n’aimez que eux qui vous aiment… les pécheurs le font aussi ! Et lorsque vous ne faites du bien qu’à ceux qui vous font du bien… les païens ne font-ils pas de même ? Et lorsque vous ne saluez que ceux qui vous saluent… Que faites-vus de spécial ? (Mt 5,46-47)

 

L’Amour de Dieu ne fonctionne pas comme notre Amour : il n’y a pas de comparaison, l’Amour de Dieu a une « logique » totalement autre. Ce n’est pas parce qu’ils sont bons ou même meilleurs que les riches que Dieu les aime et les respecte! Dieu aime les pauvres parce qu’ils sont pauvres.

 

 

 

Il s’agit de cet Amour-là.

 

Hermann-Josef Venetz

 

Traduction : Christiane Gauemann

 

 

 

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15/08/2014

»Maudit, celui qui fausse le droit de l’étranger«

 

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C’est dans le Deutéronome que j’ai trouvé cette sentence sévère (27,19; 24,17), donc dans un livre de l’Ancien Testament, qui n’est pas seulement l’un des fondements de notre foi mais aussi de notre culture.

 En continuant ma lecture, je constatai avec étonnement combien la Bible contient de passages dédiés aux étrangers et aux réfugiés. En voici encore l’un ou l’autre exemple:

 »Si un esclave s’enfuit de chez son maître et cherche refuge dans votre pays, vous ne le ramènerez pas à son maître. Il doit pouvoir s’installer parmi vous, à l’endroit qu’il désire, dans la ville qui lui convient. Vous ne l’exploiterez pas.« (Deutéronome 23,16-17)

  »Votre Dieu ... prend la défense des orphelins et des veuves, et il manifeste son amour pour les étrangers installés chez vous, en leur donnant de la nourriture et des vêtements. Vous donc aussi, aimez les étrangers qui sont parmi vous; rappelez-vous que vous étiez des étrangers en Égypte.« (Deutéronome 10,18-19)

  »Ne livre pas aux ennemis les exilés dans la détresse !« (Abdias 1,14)

 Le texte le plus émouvant, pour moi, c’est la prière que le roi Salomon a prononcée lors de la consécration du Temple :

»...si alors un étranger, quelqu’un qui ne fait pas partie de  ton peuple, vient d’un pays éloigné pour te prier dans ce temple, toi Seigneur, sois attentif et accorde-lui ce qu’il demande.« (1 Rois 8,41-43)

 Ces convictions et ces expériences font partie de notre culture depuis plus de 2000 ans, et il est encore si difficile de les partager !

 

 Hermann-Josef Venetz

 

Traduction: Christiane Gäumann

 

 

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31/05/2014

Ce qui compte

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 De temps en temps je m’interroge sur le sens de ma vie ? pourquoi est-ce que j’existe ? qu’est-ce qui est pour moi le plus important ? le plus décisif ? qu’est-ce qui compte ?

  Cette question, chaque groupement, chaque association, chaque parti politique doit se la poser, mais aussi chaque Eglise, et l’ONU et l’Union européenne. Et ceci, en permanence. Certaines circonstances y sont favorables, comme les périodes de recueillement, les exercices spirituels, les journées commémoratives, les réunions à huis clôt, les votations ou encore les anniversaires. Car pour chacun et chacune d’entre nous, comme pour les partenaires et les groupements de tous genres, la routine et les signes d’usure peuvent entrer en jeu.  Ce qui nous paraissait essentiel perd ainsi de son éclat au cours du temps, ou alors se fracture en détails, en formalités et on finit par tourner en rond.

 C’était – et c’est toujours – la tâche des prophètes et des prophétesses de nous ramener à l’essentiel, à l’authentique, au réel.

 Voici l’un ou l’autre exemple tirés des écrits des plus anciens prophètes de l’Ancien Testament.

Le prophète Amos – qui vécut vers 750 av. J.-C. – prêchait au peuple qui croyait rendre hommage à l’Éternel par des sacrifices et des fêtes : Je hais, je méprise vos fêtes et je ne puis sentir vos réunions solennelles. ... vos oblations, je ne les agrée pas, le sacrifice de vos bêtes grasses, je ne le regarde pas. Écarte de moi le bruit de tes cantiques, que je n’entende pas la musique de tes harpes ! Mais que le droit coule comme de l’eau, et la justice comme un torrent qui ne tarit pas. (Am 5,21-24)

 Michée – qui vécut vers 720 av. J.-C. – se consacre d’abord à la recherche de Dieu : Avec quoi me présenterai-je devant Yahvé, me prosternerai-je devant le Dieu de là-haut ? Me présenterai-je avec des  holocaustes, avec des veaux d’un an ? Prendra-t-il plaisir à des milliers de béliers, à des libations d’huile, par torrents ? Faudra-t-il que j’offre mon aîné pour prix de mon crime, le fruit de mes entrailles pour mon propre péché ?

 Et le prophète en donne lui-même la réponse :

 On t’a fait savoir, ô homme, ce qui est bien, ce que Yahvé réclame de toi : rien d’autre que d’accomplir la justice, d’aimer la bonté et de t’appliquer à marcher avec ton Dieu. (Mi 6,6-8)

 Voilà ce qui compte.

 Osée – contemporain de Michée – concentre en une phrase ce que l’évangéliste Matthieu met par deux fois dans la bouche du Christ (Mt 9,13; 12,7):

 C’est la miséricorde que je veux et non le sacrifice ;

 c’est l’amour qui me plaît et non les holocaustes (Os 6,6)

 Voilà ce qui compte.

 

Hermann-Josef Venetz

Traduction Christiane Gäumann

Avec l'aimable permission de l'auteur

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24/05/2014

Viens maintenant !

Viens maintenant !

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 En lisant le bréviaire – recueil de l’Église contenant la prière quotidienne des Heures – je tombai, après le Notre Père, sur l’appel suivant:

 Combien de temps encore, Éternel  jusqu’à l’arrivée de ton règne ?

 Viens, notre Sauveur, viens maintenant !

 Le ‚Notre Père’ peut tout à fait exprimer quelque chose de prioritaire. Nous pouvons même prier en insistant : Viens maintenant ! La demande: Donne-nous aujourd’hui notre pain de ce jour ! souligne bien cette urgence.

 J’entends les enfants affamés gémir et pleurer. Et j’entends les pères et les mères démunis, sans rien pour les nourrir. C’est aujourd’hui encore qu’ils ont besoin d’aide.

 La quête de pardon exprime également quelque chose d’urgent. Et non pas pour que les choses soient ‚réglées’ dès que possible, mais afin que nous nous sentions libérés de nos fardeaux et de nos obsessions.

Je perçois aussi, à chacune des quêtes, l’écho venant de Dieu : Comment puis-je faire valoir ma volonté aujourd’hui si tu ne coopères pas ? Comment puis-je venir maintenant si tu n’es pas là pour me tendre la main ? Comment mon nom peut-il être sanctifié si tu n’approuves pas aujourd’hui cette sanctification ?

 Ne serait-il pas possible de prier le Notre Père en offrant à Dieu notre aide pour réaliser chacune des demandes ? Par exemple :

 Que ton règne viennej’aimerais te tendre la main

 Que ton nom soit sanctifiétu peux compter sur mon aide

 Que ta volonté soit faitetu peux compter sur moi

 Donne-nous aujourd’hui notre pain de ce jourje le partagerai volontiers avec ceux qui ont faim

 On ne peut pas prier les bras croisés ou les mains dans les poches. En tout cas pas le Notre Père.

 Hermann-Josef Venetz

Traduction Christiane Gäumann

 Avec l'aimable autorisation de l'auteur

 

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17/05/2014

Une prière à méditer

 

  Selon la tradition, saint Nicolas de Flue aurait prié quotidiennement en ces termes :

 

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peinture-vitrail par Jacques Düblin

Seigneur, toi mon Dieu,

 Enlève de moi tout ce qui me tient loin de toi.

 Seigneur, toi mon Dieu,

 Accorde-moi tout ce qui me conduit à toi.

 Seigneur, mon Dieu,

 Prends-moi à moi-même et livre-moi tout entier à toi !

 

 Cette prière met beaucoup de gens un peu mal à l’aise. Ne donne-t-on pas ainsi un genre de chèque en blanc à Dieu ? Enlève de moi tout...accorde -moi tout..., ça pourrait parfois mal tourner.

 Je pense cependant qu’en croyant et en priant, on prend certains risques. Est-ce que nous pouvons vraiment avoir la ferme confiance que Dieu veuille le meilleur pour nous ?

 Je sens que cette prière me bouleverse – s’il s’agit bien après tout d’une prière.

 Enlève de moi tout ce qui me tient loin de toi.

 Suis-je bien certain que Dieu veuille m’enlever ce que je ne veux pas lui offrir spontanément ?

 Et ce que je suis prêt à lui offrir spontanément, suis-je bien certain que Dieu le veuille ?

 Accorde-moi tout ce qui me conduit à toi.

 Suis-je bien certain que Dieu veuille me donner et même m’imposer ce que je ne veux peut-être pas ?

 Et même si j’accepte ce qu’il souhaite me donner, est-ce que cela me conduit vraiment à Lui ?

 Prends-moi à moi-même et livre-moi tout entier à toi !

 Suis-je certain que Dieu veuille me prendre à moi-même pour que je Lui appartienne tout entier ?

 Et si je me donne à Lui, mon plus grand souhait ne devrait-il pas être que moi je reste moi-même et que Dieu reste Dieu ?

 La prière de saint Nicolas de Flue n’est peut-être pas tant une prière qu’une invitation à dialoguer durablement et en profondeur.

 

 Hermann-Josef Venetz

 Traduction Christiane Gäumann

Avec l'aimable autorisation de l'auteur

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03/05/2014

Consoler Dieu

 Une lamentation


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Dernièrement, en lisant mon bréviaire – recueil contenant les éléments de la prière quotidienne des Heures – je tombai sur un hymne de lamentations intitulé Où étais-tu ? qui débute ainsi :

 

J’étais triste

 Mais toi tu restais indifférent

 J’étais triste

 Mais toi tu n’avais pas le temps

 J’étais triste

 Mais toi tu ne m’as pas consolé

 Et le texte continue dans ce sens.

 J’ai rapidement remarqué que ce n’est pas mon hymne de lamentations à Dieu. J’ai le sentiment que c’est plutôt celui de Dieu s’adressant à moi.

 Comme le disait l’écrivain Heinrich Böll, il y a des années à l’occasion du Vendredi Saint :

 Maintenant le moment est venu de consoler Dieu.

 Hermann-Josef Venetz

 Traduction : Christiane Gäumann

 Avec l'aimable autorisation de l'auteur

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26/04/2014

L’Impasse

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 Dès ses origines, l’humanité s’est régulièrement posé la question de ‚Dieu’, on en a rempli des bibliothèques : Dieu omnipotent, omniscient, omniprésent. Il a tout créé, il règne sur tout, il voit tout, il entend tout. On pourrait donc dire que tout a été dit, écrit et lu sur le sujet. Mais voilà, nous avons fait de Dieu un sujet, sans jamais le laisser parvenir à la parole. Nous avons projeté sur lui tout ce que nous pouvions afin de le façonner tel que nous nous l’imaginons. Nous avons créé un Dieu selon nos propres images et allégories, et ainsi nous nous dirigeons vers une impasse fatale.

 Mais Jésus pourrait nous sortir de cette impasse si nous posions vraiment notre regard sur lui, sans vouloir en faire ce Dieu que nous connaissons bien et dont nous prétendons savoir qui il est et ce qu’il dit. Si, quand nous parlons de Jésus, nous ne faisons que répéter ce que nous croyons savoir de Dieu, qu’il est omnipotent, omniscient, omniprésent, nous continuons à tourner en rond et finissons dans une impasse. Il n’y a que Jésus pour nous sortir de cette impasse, à condition de ne pas le réduire à un sujet, mais bien de le laisser s’exprimer, et aussi de le suivre sur son chemin vers ceux qui n’ont rien, qui ont faim, les étrangers et tous ceux qui sont bannis.

 Hermann-Josef Venetz

 Traduction Christiane Gäumann

 Avec l'aimable autorisation de l'auteur

 

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19/04/2014

La nostalgie de Dieu

 

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La mystique Mechtilde de Magdebourg, qui vécut au XIIIe s., aurait dit :   Dieu a assez de toute chose, mais il ne se lassera jamais du contact avec l’âme. Il semble que Dieu désire les humains comme s’il ne pouvait jamais s’en lasser. Sans distinction entre les bons et le méchants, les forts et les faibles; même moi, je pourrais être concerné.

  Dans un cantique au Saint Esprit, on chante : Esprit Saint, viens et touche mon moi caché. Le moi que je ressens au dedans, avec ses forces et ses faiblesses, avec tous ses espoirs et ses craintes, ne représente pas mon moi complet. Mon moi réel, dans mon intériorité profonde, me reste caché. Mais Dieu doit toucher ce moi, il désire y parvenir.  

Dans ses ‚Confessions’, saint Augustin (qui vécu aux IVe/Ve s.) désigne Dieu comme deus intimior intimo meo. Cela signifie que Dieu est plus intime en moi que ma propre intimité, plus proche de moi que moi-même. Ici non plus, il ne s’agit pas de mon moi superficiel. Dieu veut pénétrer en moi, au plus près de mon intimité, de mon moi profond. Dans chacun d’entre nous, même le plus corrompu, se trouve un tel moi.  

L’idée que Dieu éprouve la nostalgie de notre moi intime me poursuit.   Dernièrement, je me trouvais dans un bus arrêté à la place Python, à Fribourg. J’aperçus par la fenêtre un groupe d’enfants et de jeunes gens handicapés, un peu à l’écart d’un rassemblement qui se tenait sur la place. Une jeune femme du groupe balançait son corps sans cesse d’avant en arrière. Je me posai alors la question : est-ce que Dieu a aussi la nostalgie du moi de cette créature ?

Et est-ce justement sa nostalgie qui se manifeste dans les mouvements plutôt primitifs de cette jeune femme ?  – Et se pourrait-il aussi que cette jeune femme ne puisse exprimer sa nostalgie de Dieu que dans ces mouvements ?  

Hermann-Josef Venetz

Traduction Christiane Gäumann

Avec l'aimable permission de l'auteur

 

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12/04/2014

Regardez en avant !

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 Se creuser la tête et se torturer pour savoir ce qu’on a fait de faux ou qu’on a négligé n’a pas beaucoup de sens. Et quand il nous arrive quelque chose de douloureux, ne nous demandons surtout pas : Mon Dieu, pourquoi me punir ? Bien entendu, il est nécessaire de mettre de l’ordre dans notre vie quand les choses tournent mal, lorsque c’est possible. Nous devons demander pardon aux personnes que nous avons offensées, mais sans nous torturer. Les reproches que nous nous lançons ne font que nous bloquer, et Dieu n’a pas le moindre intérêt à nous punir. Il vaut beaucoup mieux rester dans le maintenant et agir du mieux que nous le pouvons, sans stress, durant le temps qui nous est imparti.

Un jour, les gens vinrent à Jésus et lui rapportèrent que la tour de Siloé s’était effondrée en écrasant dix-huit personnes. Jésus ne voulait pas qu’on pense que les victimes étaient des pécheurs. Ces gens n’avaient rien de plus à se reprocher que les autres habitants de Jérusalem. La seule conséquence à tirer de ce regrettable incident est celle-ci : Rentrez chez vous et cherchez Dieu, pour le suivre sur sa route (Lc 13, 1-5).

Un autre jour, Jésus, accompagné de ses disciples, croisa un homme aveugle de naissance. Les disciples, recherchant spontanément la faute, lui demandèrent : Qui a péché , lui ou ses parents, pour qu’il soit né aveugle ? La réponse de Jésus fusa : Ni lui ni ses parents. Ne cherchez pas la faute, ne vous occupez pas du passé. Regardez en avant, voyez plutôt les chances que Dieu dans sa sagesse offre à cet homme.  Et laissez-vous embarquer dans les plans de Dieu (v. Jn 9, 1-3).

Les croyants ne se laissent pas abattre par leurs propres fautes ou celles des autres. Ils se tournent vers Dieu, qui ne veut que la vie pour tous.

Hermann-Josef Venetz

Traduction : Christiane Gäumann

 Avec l’aimable permission de l’auteur

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09/04/2014

Communauté humaine

 

« Il y a sans doute dans la prière une communauté humaine dont Facebook et tous les réseaux sociaux n’offrent qu’à peine un avant-goût »

 

 

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05/04/2014

Lorsque Jésus fut baptisé ...

 

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 Les quatre évangélistes racontent le baptême de Jésus, qui eut lieu juste avant ses apparitions publiques, en y mettant chacun l’accent un peu différemment. Ce n’est pas étonnant. Le fait que Jésus ait été baptisé par Jean-Baptiste posait un problème aux premiers chrétiens. Si Jésus a reçu le baptême de Jean-Baptiste, ce dernier était donc plus important que lui; ainsi certaines personnes bien-pensantes voyaient en Jean-Baptiste le Messie. Il a fallu donc remettre les choses en place. Celui-là (Jean-Baptiste) n’était pas la lumière, mais il avait à rendre témoignage à la lumière, comme il l’est écrit dans le Prologue de l’évangile de Jean (1,8).

Pour les évangélistes, il ne s’agissait pas tant des faits relatifs au baptême mais bien plus de l’interprétation des événements. Les textes sont remplis de renseignements.

 

-       ...et voici que les cieux s’ouvrirent, c’est comme un appel au secours du peuple en exil : Ah !si tu déchirais les cieux et descendais (Is 63,19);

 

-       l’esprit de Dieu est le même que nous trouvons lors de la création du monde: un souffle de Dieu agitait la surface des eaux (Gn 1,2);

 

-       Jésus, le serviteur, élu de Dieu qui met sur lui son esprit, est le Fils de Dieu (Is 42,1).

 

On pourrait en rappeler ici bien plus. Un concentré de théologie de plusieurs époques et sous diverses facettes.


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Mais aussi diverses que soient les descriptions des événements par les évangélistes, ce qu’on retrouve chez chacun d’eux, c’est la colombe. Dans les temps anciens, la colombe avait une signification religieuse, également en dehors du christianisme, on voyait en elle un oiseau plus proche des cieux que toute autre créature. Mais elle signifiait encore bien d’autres choses: la beauté, la grâce, la douceur, la tendresse. Elle inspirait la poésie amoureuse, comme dans le Cantique des Cantiques de l’Ancien Testament, lorsque le bien-aimé s’extasie : Tes yeux sont des colombes (1,15).

 

On ne peut se figurer le baptême de Jésus sans la colombe, symbole de paix et de tendresse. On ne peut pas non plus en faire abstraction dans la relation de Dieu avec son Fils bien-aimé et toutes les créatures de Dieu. Dans la Première Epître de Jean (4,8) il est écrit :

 Dieu est amour

 et on pourrait aussi bien ajouter :

 Dieu est tendresse.

 Hermann-Josef Venetz

Traduction Christiane Gäumann

 Avec l'aimable permission de l'auteur

 

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29/03/2014

Question de réciprocité

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 Dans notre vie commune, tant au niveau privé que professionnel, nous nous basons sur la réciprocité et les conditions qui doivent être remplies.

 -       Si tu réussis l’examen, tu recevras ton diplôme.

 -       J’ai accompli mon travail selon les instructions données, donc j’ai droit à un salaire approprié.

 Chaque contrat de travail ou de vente, chaque contrat de mariage contient, noir sur blanc ou tacitement, de telles conditions qui doivent être remplies ou non.

 Il en va de même dans notre vie au quotidien.

 -       Je suis d’accord de cuisiner tous les jours pour nous, dit la femme à son partenaire, si tu mets de l’ordre dans ton bureau.

 -       Je m’occupe de la vaisselle, dit l’homme à sa compagne, si tu repasses ma chemise.

 -       Si tu me prêtes la voiture, j’irai rendre visite à ta mère en allant à la séance de comité.

 Nos relations reposent sur la réciprocité. C’est une question d’équilibre. Nous n’aimons pas être redevable de quelque chose. Nous voulons être quittes. C’est un ‚prêté pour un rendu’, c’est ce que nous appelons ‚justice’.

 

Je ne peux m’empêcher de soupçonner que nous procédons de même avec Dieu.

 -       Je promets 20 francs à saint Antoine si je retrouve la clé de la cave.

 -       Si l’enfant que nous attendons ma femme et moi naît en bonne santé, je ferai dire une messe.

 -       Si les intempéries nous épargnent, nous dresserons une croix au carrefour des chemins.

 Et pour mettre un peu plus de pression, je décide d’offrir ma contribution d’avance.

  -          J’entreprends le pèlerinage de Lourdes pour obtenir la guérison.

  - Je donne 100 francs à ‚Pain pour le prochain’ pour que l’affaire en cours avec mon partenaire réussisse.

 -       Je prie le rosaire pour que ma fille obtienne le poste.

 Disons-le clairement: Dieu ne veut pas avoir affaire à ces petits jeux.

 Ne faites pas de la maison de mon Père une maison de commerce (Jean 2,16).

 Il n’est pas prêt de participer à ce commerce ni aux conditions que nous posons. Car Lui ne pose pas de conditions. La raison en est toute simple :

 Dieu est amour (1re Jean 4,8)

 et l’amour est inconditionnel.

 Nous pénétrons ainsi un monde très différent, c’est le monde de Dieu.

 Hermann-Josef Venetz

Traduction Christiane Gäumann

Avec l'aimable permission de l'auteur

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22/03/2014

La traversée du désert

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Lorsque, pour atteindre son but, on doit passer par de longs chemins ardus, sans point d’eau, on nomme ce passage ‚traversée du désert’. C’est ainsi également qu’on nomme – de façon imagée – une période de privations et de restrictions, de contraintes temporaires qu’il s’agit de surmonter,  une période où l’on peine à s’en tirer sur le plan financier, un passage dont on espère se sortir au plus vite.

 Ces périodes de sécheresse se présentent également dans les relations humaines quand, dans une relation amoureuse, on vit une séparation douloureuse, qu’elles qu’en soient les raisons, et qu’on ne désire ardemment qu’une chose, se retrouver très vite réunis.

Les mystiques parlent eux aussi de traversée du désert. Ce sont des personnes qui ont une expérience extraordinairement profonde de Dieu et qui ressentent des moments d’intimité intense avec Lui. La mystique Mechtild de Madgebourg (XIIIe s.) exprime ce temps entre les périodes de ‚danse’ au cours de laquelle ‚la lumière divine coule en elle’, comme ‚le désert de l’absence de Dieu’, de ‚sombre nuit’, et même de ‚vallée de l’ombre de la mort’.  La traversée du désert des mystiques, c’est endurer ces ténèbres et supporter cet éloignement de Dieu.

Mais il n’est pas vraiment nécessaire pour nous de comprendre les mystiques. Il nous arrive parfois d’avoir une petite idée de ce que peuvent être ces moments de tendre intimité avec Dieu, peut-être même de ces périodes de sécheresse quand nous ne pouvons atteindre que rarement cette intimité avec Lui, même en la désirant profondément. Seulement, pourquoi dans nos relations avec Dieu ne parlons-nous que de du très beau beau blog de a traversée du désert des humains et non de la traversée du désert de Dieu ?

Hermann-Josef Venetz

Traduction : Christiane Gaeumann

Avec l'aimable autorisation de l'auteur

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15/03/2014

Appel à la vie

Noli me tangere ; CANO, Alonso.jpg

 

Le jour de la fête de sainte Marie-Madeleine, le 22 juillet, au cours de la liturgie catholique romaine, on lit quelques versets de l’évangile de Jean (20,1-2.11-18). Ce passage raconte que, à l’aube du premier jour de la semaine, alors qu’il faisait encore sombre, Marie de Magdala se rendit au tombeau, où elle pensait trouver le corps de Jésus. Comme elle vit que le tombeau était vide, elle courut alarmer Simon-Pierre et l’autre disciple, celui que Jésus aimait, et se mit à la recherche de Jésus. Elle le trouva mais elle crut d’abord que c’était le jardinier. Le texte dit ensuite

Jésus lui dit : Marie ! elle se retourna et lui dit : Rabbouni. Elle l’avait reconnu.

 Le commentateur explique :

 «Par l’appel de Jésus, elle parvint à la vie.«

 Un après-midi, je me promenai dans le cimetière de mon village. Je m’imaginai alors comment le Ressuscité appelle par son nom chacun et chacune de ceux qui reposent ici.

 Au moment dit de la prière d’intercession, lors de l’eucharistie, je lus entre autre, après la lecture de l’Evangile :

 

»Quand nos yeux sont obscurcis et que nous ne te reconnaissons pas, appelle-nous par notre nom.«   

 Ce serait donc aussi une des missions chrétiennes d’appeler tous les êtres par leur nom  pour qu’ils parviennent à la vie.

 Hermann-Josef Venetz

 Traduction Christiane Gaeumann

Avec l'aimable autorisation de l'auteur

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08/03/2014

Un autre roi

 L’évangéliste Matthieu raconte qu’après la naissance de Jésus, des mages venus d’Orient sont arrivés à Jérusalem et ont demandé : Où est le roi des Juifs qui vient de naître ? (2,12). On comprend qu’ils se soient renseignés à Jérusalem car Jérusalem était le centre du judaïsme, la Ville sainte. Mais l’étoile qu’ils suivaient les conduisait dans une toute autre direction, vers Bethléem.

 

 index.jpgIl y a plusieurs siècles, Dieu envoya Samuel à Bethléem, un lieu plutôt modeste à l’époque. Il avait pour devoir de désigner roi par onction l’un des fils de Jessé.  Samuel se mit en route, même s’il ne savait pas exactement de quel fils il s’agissait. Jessé lui présenta ses fils et les fit défiler. L’un plus imposant que l’autre, et devant chacun d’eux, Samuel se dit : C’est celui-là ! Mais à chaque fois il entendit la voix de Dieu : Ce n’est pas celui que j’ai choisi; ne regarde pas son apparence ni sa stature. Dieu ne voit pas les choses comme les hommes. Les hommes considèrent ce qu’ils ont devant les yeux. Mais Dieu voit les cœurs. Finalement Jessé fit venir son plus jeune fils, qui faisait paître les moutons et qui ne comptait pas encore. Mais c’est justement celui que Dieu choisit, et il dit à Samuel de lui donner l’onction (v. 1. Samuel 16,1-13). – Samuel ne pensait pas que Dieu serait du côté de celui qui ne comptait pas pour les hommes, du côté de celui qui est trop petit, trop insignifiant, trop négligeab

 

04.jpgPlus loin dans les Evangiles, on rapporte que Jésus entra effectivement dans Jérusalem comme roi. Il ne montait pas un fier cheval, mais un âne.

 Hermann-Josef Venetz

 Traduction Christiane Gaeumann

Avec l'aimable autorisation de l'auteur

 

Taize

 

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01/03/2014

Ne cherchons-nous pas au bon endroit?

  Dans son évangile, saint Luc rapporte (24,1-11) qu’au matin de Pâques, les femmes sont venues au tombeau mais n’ont pas trouvé le cor

jpg_Mural_Comedor_006.jpg

ps de Jésus. Deux hommes qui se tenaient là en vêtements éblouissants demandèrent aux femmes presque sur un ton réprobateur:

 Pourquoi cherchez-vous le vivant parmi les morts ?

 Les femmes venaient voir un mort et n’avaient pas imaginé que ce n’était plus la mort mais la vie qui avait le dernier mot.

 Le même évangéliste Luc décrit dans les Actes des apôtres (1,1-11) la montée de Jésus au ciel. Pendant que les apôtres fixaient leur regard vers le ciel, à nouveau deux hommes en vêtements blancs se tenaient à leur côté et leur dirent presque sur un ton de reproche :

 Gens de Galilée pourquoi restez-vous là à regarder vers le ciel ? 

 Apparemment les apôtres cherchaient leur maître dans les cieux sans avoir conscience que pour eux, l’ère nouvelle avait déjà commencé ici sur terre.

 La Bible nous incite à nous poser la question du ‚où?’ d’une tout autre façon et nous conduit ainsi à la vie.

 Hermann-Josef Venetz

 Traduction Christiane Gaeumann

 Avec l'aimable permission de l'auteur

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22/02/2014

Juste un regard

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 Dans le bus, j’observais un couple assis dans la rangée devant moi. De ma place je ne voyais que le visage de la femme; de l’homme qui lui faisait face je ne voyais que le côté.

Je n’entendais pas leur discussion. Mais j’avais l’impression qu’elle voulait lui expliquer quelque chose ou lui poser une question, peut-être le faire parler. Il était avare de ses mots et la regardait à peine, ni quand il s’adressait à elle ni quand elle lui parlait. Elle, par contre, recherchait sans cesse son regard. Elle tenait à ce qu’il la comprenne. Mais ses yeux restaient baissés ou alors se perdaient au loin. Il avait l’air préoccupé. Peut-être avait-il mauvaise conscience et ne pouvait ni ne voulait s’expliquer. Peut-être qu’il voulait qu’elle le laisse tranquille. Finalement elle renonça. Mais son regard ne le quittait pas. Ses yeux quémandeurs me révélèrent qu’elle désirait le comprendre, qu’elle lui pardonnerait s’il y avait quelque chose à pardonner. Et lui, décontenancé, dirigeait son regard de droite et de gauche, mais jamais il ne la regardait dans les yeux.

 J’aurais volontiers suivi la scène encore un peu, mais j’étais arrivé à destination. Le souvenir de ces yeux tristes qui cherchaient le regard de l’autre était gravé en moi profondément.

C’était comme si cette image voulait me parler de Dieu. Dieu qui pose son regard sur les êtres, sur moi. Et je détourne les yeux, car cela me dérange; peut-être jesus-fresque3.jpgai-je mauvaise conscience. Je ne veux et ne peux m’expliquer. Je préférerais qu’Il me laisse tranquille, qu’Il ne soit pas là.

 

Mais s’ Il recherche ainsi mon regard, c’est parce qu’Il veut me comprendre, me pardonner. Même s’ Il a renoncé à me parler – puisque je regarde ailleurs et ne me laisse pas toucher – Il ne renonce à aucun moment à me trouver, à me faire comprendre et à me montrer qu’Il me pardonne, quoi qu’il puisse arriver.

 La plus ancienne image connue de Jésus,
peinte dans une catacombe romaine. IVème s.
(interrobangtribune.blogspot.fr).

Hermann-Josef Venetz

Traduction Christiane Gaeumann

Avec l'aimable permission de l'auteur

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15/02/2014

Un plaidoyer en faveur du plaisir

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Manger, c'est un besoin, mais le plaisir de manger, c'est un art

François de la Rochefoucauld

 Certains d’entre nous parmi les plus âgés se souviendront peut-être de ces cours de catéchisme ou de religion où la notion de sacrifice était très importante et tout ce qui touchait au désir ou au plaisir était suspect.  Il fallait même se méfier de certaines paroles et pensées, au risque de devoir les justifier.  Invoquer ‚la volonté de Dieu’, c’était vanter la ‚croix et la bannière’ plutôt que bal et festivités.

 Dans le judaïsme au contraire, on constate une grande affirmation de la vie, même un optimisme créatif. Il est difficile de dire d’où cela provient. Peut-être que le peuple juif, justement à cause de son histoire faite de misère et de malheur, a gardé une sensibilité plus forte et une grande reconnaissance pour toute joie et plaisir dans la vie. C’est un fait que dans les discussions des érudits, il y a peu de place pour la pruderie ou l’animosité. Par contre,  le divertissement y occupait une place d’autant plus importante. Au début de notre ère, de très sérieux et célèbres savants juifs exprimèrent cette sentence:

 Quand le vieux monde touche à sa fin et que le nouveau monde de Dieu apparaît, l’homme doit se justifier pour tout ce qui a trouvé grâce à ses yeux et qu’il n’a cependant pas apprécié.

Decouvrez-le-parfum-qui-vous-ressemble_imagePanoramique500_220.jpg Bien entendu, pour les érudits de l’époque il n’était pas seulement question de regard. On peut aussi goûter un merveilleux morceau de musique, un repas succulent, les senteurs de la forêt, de bons mots amusants, l’insouciance de l’enfant, l’exubérance de l’adolescent. Il nous faudra toutefois rendre compte de tout ce que nous avons reçu de beau et que nous n’avons pas su savourer.

 Jésus n’a pas prêché qu’abnégation et renoncement. Il était souvent à table avec des gens (v. ob_de67b3_aujourd-hui-je-decide-d-etre-heureux.jpgMarc 2,1-17 ....). Il imposait les mains sur les enfants et les embrassait (v. Marc 10,16). Ses remarques sur les oiseaux du ciel et les lis des champs (v. Matthieu 6,25-34), comme dans beaucoup de paraboles inspirées des splendeurs de la nature, le démontrent clairement. Jésus n’a pas seulement regardé, il a apprécié et goûté. Et en mémoire de lui, il demande de se réunir autour du pain et du vin.

 Croire signifie donc aussi de se laisser gagner par la joie de vivre de Jésus.

 Hermann-Josef Venetz

Christiane Gaeumann

Avec l’aimable autorisation de l’auteur

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