15/02/2016

ce qui sépare unit

J'ai lu quelque part ces lignes  attribuées à Simone Weil

Simone
Weil
:
mystique
chrétienne
hors
de
l’Église

« Deux prisonniers, chacun dans sa cellule, communiquaient en tapant sur le mur de la cellule voisine.

Le mur est ce qui les sépare tout en leur permettant de communiquer. Il en va de même pour nous et pour Dieu.

10098641886_004cc80947.jpg

Chaque séparation est un lien. »

Toujours au sujet de l'Amour et de Simone Weil j'ai grappillé et j'ai trouvé :

« Mais l'Amour clairvoyant, me voyant hésiter

Dès ma première entrée,

Se rapprocha de moi, demandant doucement

S'il me manquait quelque chose.

« Un invité, répondis-je

, digne d'être ici. »

L'Amour dit : « Tu seras lui. »

Moi, le méchant, l'ingrat ? Ah ! mon aimé,

Je ne puis te regarder.

L'Amour prit ma main et répondit en souriant

« Qui a fait ces yeux sinon moi ?

C'est vrai, Seigneur, mais je les ai

souillés ; que ma honte aille où elle mé-

rite.

Et ne sais-tu pas, dit l'Amour,

qui en a pris sur lui le blâme ?

Mon aimé, alors je servirai.

Il faut t'asseoir, dit l'Amour, et goûter à mes mets. »

Ainsi je m'assis et je mangeai.

 

15:44 Publié dans Spiritualités | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | |

11/02/2016

Il viendra juger les vivants et les morts

pueblo_de_dios.jpg

Chaque fois que je prononce le Credo, je me heurte à cette phrase. Comment la comprendre ? Dois-je désirer cette venue ou dois-je plutôt la craindre ? Comment me comporterai-je devant le juge ?

Des images bibliques de juge apparaissent qui viendra pour rassembler les peuples afin de les séparer en chèvres et en moutons (Matthieu 25,31-46), les uns recevant le Royaume et les autres destinés au feu éternel.

Les représentations du Jugement dernier que l’on trouve dans beaucoup d’églises ne nous aident pas. Les images de damnés s’abîmant dans les flammes de l’enfer nous ont marqués profondément. Je ne veux pas tout simplement jeter par-dessus bord ces représentations si fortement ancrées dans l’imaginaire collectif. Mais il existe d’autres possibilités de comprendre le terme juger.

Le juge tel qu’il est représenté dans la Bible, entre autres, n’est pas en priorité la personne qui, après avoir tenu le registre des comptes, récompense ou puni, mais il est celui qui rend la justice à ceux qui souffrent d’injustice. Dans les psaumes, c’est ce que, par exemple, implorent ceux qui sont persécutés : que Dieu déclare clairement au monde quel est son camp et à tous les oppresseurs, les persécuteurs, qu’il leur reproche sévèrement la mauvaise direction qu’ils prennent, ils devraient en avoir honte devant toute la terre.

La  question n’est pas, en priorité, de récompenser ou de punir mais simplement il est nécessaire que la justice, le droit s’imposent pour être mise en lumière, que ceux qui toute leur vie ont été puni à cause de leur fidélité ne soit plus des victimes mais puissent se relever, être réhabilités.

Cette image du juge qui viendra n’a pas pour objectif d’effrayer les gens, bien au contraire ! C’est une annonce d’espoir et de libération pour ceux qui souffrent d’injustice: justice doit leur être rendue. Et pas seulement dans l’’au-delà’. Celui qui viendra, celui qui apportera le droit aux victimes de non-droit, leur donnera une voix déjà maintenant. Ils ne seront plus victimes, ils seront désormais le sujet de leur propre histoire.

Pour nous, cela signifie que nous n’avons plus à accepter l’injustice et la violence, la répression et les persécutions, mais nous devons exiger des changements. Ainsi notre représentation de celui qui viendra correspond à une image d’espérance. Ces changements, déjà perceptibles et tangibles parmi nous, ont pour noms  justice, amour et paix.

Hermann-Josef Venetz

Traduction Christiane Gaeumann

 

 

15:28 Publié dans théologie | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | |

05/02/2016

Dans la main de Dieu

2015-02-07-7-04-argentina-mudanza.jpg

J’ai chez moi un calendrier dont je détache chaque jour une page. Et chaque jour on peut y  lire une nouvelle pensée. Sur le dernier feuillet de l’année, il était écrit :

J’ai demandé à l’ange chargé de passer de l’année qui finit à la nouvelle année : ‚Donne-moi une lampe afin que je puisse marcher avec assurance vers l’incertitude de la nouvelle vie.’ Mais il me répondit : ‚Avance dans l’incertitude en plaçant ta main dans la main de Dieu; cela vaut mieux qu’une lampe et c’est plus sûr que la lumière sur le chemin.’

 

En dessous du texte, pas d’indication précise de la source, pas de nom de mystique ou d’un Père de l’Eglise, mais tout simplement : texte chinois.

 

Ce petit texte me poursuit, il me rappelle des situations et des récits bibliques. Dès le commencement de l’histoire de Dieu avec les hommes, l’Eternel dit à Abraham : Quitte ton pays,  ta parenté.... pour le pays que je t’indiquerai... et je te bénirai... Et Abraham se mit en marche sans posséder autre chose que la ‚main’ de Dieu, sa bénédiction (Genèse 12, 1ss).  

 

Je pense aussi à Moïse et au buisson ardent. L’Eternel lui dit : Maintenant va, je t’envoie auprès de Pharaon, fais sortir d’Egypte mon peuple, les Israélites ... je serai avec toi.

Après bien des résistances et moultes discussions, Moïse et Aaron se mettent en marche sur le rude chemin du pays de Pharaon, puis, accompagné de leur peuple, sur le chemin à travers le désert, plus pénible encore, n’ayant rien d’autre ‚en main’ que le nom de Dieu Je-suis-celui-qui-est (Exode 3).

 

Et je pense encore aux disciples sur la montagne, en Galilée, quand le Ressuscité leur dit : Allez donc, de toutes les nations faites des disciples, les baptisant au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit... Et voici que je suis avec vous pour toujours jusqu’à l’accomplissement du monde et de l’âge. Et ils se mirent en marche sans rien d’autre ‚en main’ que cette promesse d’accompagnement (Matthieu 28,16-20).

 

Dieu est ainsi : il est partout, prêt à la rencontre. Il nous envoie dans l’incertitude. Mais sa main est présente, elle signifie lumière et sécurité.

 

Hermann-Josef Venetz

traduction : Christiane Gaeumann

 

 

 

15:42 Publié dans théologie | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Facebook | | | |

01/02/2016

Le joueur de flûte

b3f52dca1ebd134eaf53b768946a195f.jpg

 Ernst Ludwig Kirchner (German, 1880-1938) - "Der Flötenspieler (Hans Staub)" [The flute player (Hans Staub)], 1922–23 - Oil on canvas - Kirchner Museum Davos

Un jour, j’ai reçu une magnifique gravure sur bois pour une occasion particulière. Elle représente un groupe de personnages sombres, figés, tristes et froids. Devant eux, un flûtiste danse et joue avec légèreté. Et au-dessous une phrase tracée au crayon : J’ai joué de la flûte et vous n’avez pas dansé !

Cette image rappelle la parabole rapportée dans leurs évangiles par Luc et par Matthieu (Luc, 7,31-35; Matthieu 11, 17-19). Des enfants désireux de jouer proposent à leurs camarades : »Venez, on va jouer au mariage«, »Venez, on va jouer à l’enterrement«. Mais les autres enfants ne réagissent pas, ils n’ont pas envie de jouer à ça. Ce n’est pas intéressant.

Cette image m’incite parfois, le soir, à un examen de conscience. Je me demande où et quand, au cours de la journée, le joueur de flûte a-t-il joué pour moi et je n’ai pas dansé ? Et je me souviens d’occasions concrètes où je me suis comporté comme le personnage sombre et triste de ma gravure. Je repense à cette voisine dont le mari est à l’hôpital, atteint du cancer. Si je m’arrête dans la rue quand je la rencontre, elle ne me lâche plus durant au moins une demi-heure. Ou alors je pense à mon collègue, il m’a invité à boire l’apéritif, mais je sais que je ne peux plus supporter ses éternelles plaisanteries, toujours les mêmes. Je pense encore à ce sans-abri qui vend des journaux un peu spéciaux devant la Poste. J’ai fait comme si j’avais déjà ce journal. Je pense aussi à ce petit groupe de personnes engagées qui voulaient m’inviter à venir à la démonstration en faveur des sans-papiers... Et comme à chaque fois, j’ai refusé d’un geste nonchalant de la main. Je n’ai pas du tout réalisé qu’à chaque fois, c’était le joueur de flûte qui voulait que je danse à la noce.

Mais parfois, il y a eu des moments où j’ai dansé. Et c’était les meilleurs de la journée.

Qu’est-ce que cette parabole veut me dire ? Vas-y, va jouer ! Entre dans la danse ! participe à la fête si le joueur de flûte t’y invite si affectueusement !

Car le temps de fêter est arrivé.

Hermann-Josef Venetz

Traduction Christiane Gaeumann

 

15:14 Publié dans théologie | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | |