18/09/2014

Commentaire de Homme Libre

 

La question est difficile. Sans pardon l'humanité est vouée à rester figée sur les actes des uns et des autres ad aeternam. Cette vision conduit à éliminer les personnes qui causent du tort, volent, tuent, car on ne croit pas en une évolution possible de la conscience.
Mais comment vérifier l'évolution de la conscience chez certains individus? Certains criminels ne semblent pas changer. Ils sont psychiquement malades ou ne veulent pas changer. Le meurtre d'Adeline montre la difficulté du pardon. La société ne cherchait pas à lui pardonner, en plus d'une décision technique, celle d'une peine à accomplir? Le pardon de la société ne peut s'accomplir sans le partage de mêmes valeurs. La peine de prison peut avoir une relative valeur de pardon dès lors que l'on a aboli la peine de mort et de perpétuité, car cela signifie que collectivement la société admet l'idée que la peine de prison conduit à un amendement (si ce n'était pas le cas on condamnerait à des peines sans retour possible).

Mais on pourrait se dire que non, ce n'est pas un équivalent pardon, c'est seulement que l'on n'accorde pas à la société un droit aussi total sur l'autre. Dans ce cas, la libération du criminel est une sorte de pari: il s'est amendé ou non. On verra dans les faits.
Mais dans certains cas le pari est très risqué, car il se solde par la récidive ou par de nouveaux meurtres.
Cela dit, donner la mort est accepté en cas de guerre. Tout est donc relatif.
Peut-être doit-on séparer le civil du spirituel: le spirituel admet le pardon. C'est un acte de foi et de libération pour nous, peut-être pour le criminel. Mais la société doit être plus pragmatique. Autant dans le domaine de l'éducation elle croit en l'avenir et au développement de l'humain, autant dans le crime elle doit être plus méfiante, car ce n'est pas à elle de croire sans contrepartie dans la rédemption du criminel, c'est le criminel qui doit montrer les signes qu'il s'amende.
Enfin, ce sont quelques idées, pas des certitudes.
Pour en revenir aux signes chrétiens, c'est, pour ceux qui croient, le rappel de leur voie intérieure. On pourrait donc intégrer ce paradoxe en distinguant voie intérieure et loi civile: des chrétiens admettent que le pardon de la société n'est pas acquis par l'accomplissement de la peine de prison, ce qui est donc une affaire civile. Par contre ces mêmes chrétiens soutiennent la voie intérieure qui doit mener au pardon même si le civil ne l'accorde pas. Dans ce cas le pardon n'est pas l'effacement de la peine civile, mais il se superpose à la peine civile.

 Écrit par : hommelibre | 30/08/2014

 

« Love means never ever having to say you're sorry »

 

 

 

15:33 Publié dans Spiritualités | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Facebook | | | |

Commentaires

Bonjour Claire-Marie,

Merci d'avoir passé mon commentaire sur votre billet, à propos du pardon, et de rouvrir le débat. Je le continue, si vous le voulez bien.

Le pardon est une chose difficile en général. Il répond à quelque chose qui nous a atteint, blessé, à une injustice dont nous sommes victime. L'injustice produit du ressentiment, et le ressentiment c'est nous qui le remâchons en nous. Pardonner c'est se libérer soi-même, à mon point de vue. Et c'est aussi enlever la charge négative que la douleur nous faisait projeter sur la personne qui nous a atteint.

D'un point de vue spirituel le pardon est donc un "mécanisme" important de libération, pour la victime comme pour le criminel.

La question que vous posiez avait trait aux criminels. Un criminel l'est-il à vie ou mérite-t-il le pardon, et donc une forme de réhabilitation? En relisant mon texte que vous publiez ici, je n'ai toujours pas de réponse globale. Pardonner pour retrouver une liberté, bien sûr, il le faut, même si cela peut prendre des années. Mais le fait d'enlever la charge sur la personne criminelle va-t-il la changer? De cela je ne suis pas convaincu.

Alors, que faire du criminel interné à vie? Je pense aux meurtres qui ont secoué la Suisse ces dernières années. La peine de prison, mesure technique, civile, et non spirituelle, n'assure pas que le criminel ait changé, ou se soit ouvert à reconnaître son crime. Les récidives montrent que la prison n'est pas une thérapie. C'est une sanction pour le criminel et une protection pour la société.

Le pardon est-il une thérapie? Parfois, sans doute. Pour cela le criminel doit être capable de regarder en lui et d'avoir l'humilité de se reconnaître criminel. Mais en est-il souvent ainsi? Et le criminel mentalement perturbé en est-il capable? S'il ne l'est pas, le pardon n'aura pas d'efficacité sur lui. Et pourtant, l'enseignement de Jésus - dont je ne me prévaut pas mais dont j'accepte la justesse dans de nombreux cas - incite au pardon.

Il ne faudrait pas avoir besoin d'en arriver là: c'est ce que je comprends dans la phrase finale que vous avez mise: "L'amour, ce serait de n'avoir jamais à dire pardon".

A observer l'humanité et moi-même, je ne sais pas si c'est possible et si ce n'est pas une illusion. Par contre, il me semble déjà important de ne pas revendiquer la justice seulement pour soi-même, mais d'être capable de demander le pardon de l'autre quand nous lui avons causé du tort.

Ce thème du pardon, en particulier dans le cas que vous avez abordé, me laisse sans réponse tranchée. Peut-être devrions-nous attendre que le criminel lui-même demande le pardon, plutôt que l'accorder sans qu'il n'en fasse lui-même le chemin intérieur.

A moins que je ne croie pas assez aux miracles. Ou pas assez en une force réparatrice nommée Dieu. Mais cela, c'est une autre histoire.

Écrit par : hommelibre | 18/09/2014

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