07/04/2014

Pour la dignité des morts

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with gracious permission from Bruce Clarke

 La commémoration de « l’inacceptable accepté », je sais que Bruce Clarke, l’artiste plasticien « n’accepte pas l’inacceptable ». Sa vie durant, il lutte avec son art contre et fait voler en éclats les hypocrisies qui polluent l'intelligence humaine. Bruce le dit : « C’est le temps des barbares anonymes, le temps de la domination, le temps des dominés et des dominants »

 En Afrique du sud, nous étions conscients de cette barbarie, et de l'évidence de la révolte dans la lutte solidaire avec les dominés. Aujourd’hui tout semble être dissout dans l’ « abstraction vaporeuse » des médias et des analyses hâtives et superficielles. Notre prière semble molle et pré-fabriquée… on dit amen à n’importe quoi.

 A journal Radio 1ère Bruce, à 12h30, a magnifiquement expliqué pourquoi les images ont quelque chose d’étranger à la culture rwandaise. Sa sensibilité pour, et le respect de l’autre est admirable.

 A Lausanne, à Genève, ailleurs j’espère, nous allons nous recueillir ce soir devant ce qui reste du génocide : des hommes debout. Ils sont les ancêtre de l’avenir.

 Mais comment en est-on arrivé à ce 7 avril 1994 ! J’ai lu avec soulagement de le blog de Fred Oberson

 Et, dans « Regards croisés » de Djemâa Chraïti :

 Rwanda - De commémoration en silence et de silence en commémoration

 Cela me donne le courage de dire ce qui suit :

 En 1973, j’ai rencontré, au Centre d’étude jésuite Lumen Vitae à Bruxelles, deux sœurs et un prêtre missionnaires venus du pays des « mille collines ». J’étais consciente de l’ambiguïté du rôle des Églises, de l’Église catholique à laquelle nous appartenons. Nos échanges ont révélé que la hiérarchie des Églises au Rwanda comme en Afrique du Sud étaient quasiment de « connivence » avec la Loi et l’Ordre des Autorités des dominants !

 Au Rwanda, ces deux sœurs et ce prêtre, proches du petit peuple rwandais, Tutsi et Hutu, étaient en conflit avec l’évêque du Diocèse, Mgr Perraudin.

 En Afrique du Sud, les supérieurs ecclésiastiques marginalisaient, menaçaient, déplaçaient  les religieuses et religieux engagés par l’intermédiaire des supérieures ! Comme Perraudin au Rwanda.

 Les missionnaires au Rwanda avaient déjà vu la perversité d’une mentalité soit disant chrétienne occidentale qui se croit être la norme lorsqu’il s’agit de former et d’introniser une hiérarchie « autochtone » quasi autant que pour les dogmes. Des prêtres de la congrégation Joséphite furent assassinés en 1973, suivi d’autres meurtres. « Le président et l’archevêque n’interviennent pas »

 En Afrique du Sud, lors de meurtres de religieux, les autorités semblaient insensibles car elles avaient averti les personnes solidaires du petit peuple des dangers ! Mais je ne m’étends pas.

 Je suis triste et déçue que François, pape venant de l'Argentine au passé sulfureux, ayant rencontré les évêques actuels du Rwanda parle ôse parler de réconciliation avant de mettre cartes sur table historiquement avec ses propres frères dans l'épiscopat.

 « N’ayez pas peur » a lancé le Pape aux Rwandais, « construisez votre société sur le rocher de l’Évangile, dans l’amour et la concorde, c’est seulement de cette façon que peut se construire une paix durable ». Le Pape a dit se souvenir avec affection de la visite, cette semaine au Vatican, des 9 évêques rwandais, puis il a récité un « Je vous salue Marie » pour le peuple rwandais, avec les dizaines de milliers de fidèles présents Place Saint-Pierre.

 C'est déjà ça, mais cela ne suffit pas, la commissions de vérité et réconciliation en Afrique du Sud exigeait :

 « Full disclosure » de leurs crimes par les coupables : en présence des victimes ou des parents des victimes mortes. Une confession publique devant les médias et de cette vérité avoué dépendait l’amnistie… puis la réconciliation ! Car les auteurs seuls ont connaissance des crimes commis par eux-mêmes »

 Ceci dit la mort dans l’âme,  je dois dire que les victimes, elles-mêmes savaient très bien qu’elle était la nature, la violence et la perversité des crimes perpétrés parfois en toute impunité ou même sur ordre du système de sécurité nationale.

 L’Église catholique a-t-elle tout avoué ? Le document KAIROS, à lire absolument  met en lumière cette réalité en Afrique du Sud, au Rwanda et ailleurs. et  

 Lire l’excellent interview avec  l’historien Lukas Zürcher dans « une étude sur l’ambivalence et les contradictions de l’aide suisse. »

 Comment prier : pardonne-leur : il ne savent pas ce qu’ils font ?

 Albert nous disait que, afin de pardonner, il faut que le coupable demande pardon. Les Églises demandent aux pauvres de pardonner aux riches, mais, est-ce que ces même Églises demandent aux riches de demander pardon aux pauvres ?

 Quand un pape, 50 ans ou plus après les faits demande pardon dans un endroit où les victimes sont absentes, il demande pardon, c’est bien, mais les morts pardonnent-ils de l’au-delà ?

 La réconciliation n’est pas facile car, d’abord, nous sommes notre Ego orgueilleux est blessé… il s’agit d’abord de dialoguer !

 L’Église catholique au Rwanda est-elle digne d’encourager les victimes à pardonner aux bourreaux ?

Respectons au moins la dignité des morts !

 

18:47 Publié dans Résistance | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | |

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