10/03/2014

L'inculturation: jodler, faith of our fathers, ale alepun, the Lord of the dance

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  Être suisse romand n’est pas être suisse alémanique. C’est quoi la différence ? Matériellement, l’habitat, la nourriture, les choses basiques, surtout dans une communauté de Sœurs, sont quasiment les mêmes si l’on habite en Suisse.

La différence est plutôt dans l’imaginaire, les goûts, les sensibilités, en somme dans le développement historique de la mentalité ;  et dans la mentalité, la manière d’exprimer la foi ou les croyances. J’ai pu vivre cela hier, le 9 mars à Maria vom Berg à la Messe à 10.15  :

 Alters- und Pflegeheim, Maria am Berg

Jodlermesse mit Jodlerklub Bergbrünneli, Menzingen

Cette liturgie musicale, cette parfaite harmonie montagnarde, ferme et tendre à la fois, respectueuse avec des envolées libres et spontanées vers les hauteurs quasi mystiques m’a révélé un aspect nouveau de la culture alémanique. C’était comme si la montagne descendait dans la chapelle, l’emplissait généreusement de son âme avant de retourner là-haut.

Vatican II avait encouragé l’inculturation de la prière et de la liturgie. Nous étions une minorité de soi-disant « missionnaires », insérés (en Afrique du Sud par chance ou autrement) dans la population africaine qui prenions toujours davantage conscience des aspects colonisateurs de la liturgie et de l’enseignement de la religion. J’en ai écrit des exemples concrets dans mon livre Histoire inavouée de l'Apartheid).

 Un fait timide. En Zambie, j’avais le privilège et le bonheur d’enseigner le « chant » à des gens qui chantaient bien mieux que moi. Les prêtres qui disaient la messe et contrôlaient la liturgie nous imposaient des chants en anglais et à mélodies irlandaises ou allemandes ou encore du plain-chant. Raides, agenouillés dans des bancs raides, assis ou debout sur ordre, nous chantions : Faith of our fathers, living still
In spite of dungeon, fire and sword, http://www.hymnal.net/en/hymn/h/830

Une fois, encore en Zambie, j’ai pris la liberté de proposer pour Noël quelque chose de plus rythmé que

Joseph-and-Mary.jpgCela commençait par le refrain suivant :

 Alepun, ale-alepun,Alepun, ale-alepun,Alepun, alepun!

 "Birds sing out in expectation, alepun.
While the sparkling waters ring with laughter, alepun...."

 Le rythme de ale-alepun permettait un léger swing de nos corps et de nos jambes et du reste, ce qui eut l’heure de déplaire à la plupart des fidèles (peu nombreux heureusement) et de plus à l’évêque irlandais lequel nous avertit plus tard du danger d’éveiller des remous sexuels en nous… par de tels rythmes ... sic) (Au fond nos remous sexuels, s'il y en avait étaient de sphère privée)

 Pire : lorsque, plus tard dans une banlieue métisse du Cap, nos jeunes étudiants (YCS or young christian students que j’accompagnais)  choisit de chanter à la messe :

arts-mcdermott-584.jpg The Lord of the dance (chanté ci-dessous par John McDermott). Or ce chant était l’expression de notre foi en notre modèle et inspiration au cœur de cette lutte anti-apartheid : Jésus le palestinien ressuscité. Ce fut le « tolle » des fidèles européens et le timide applaudissement de la communauté métisse. L’inculturation en Afrique du Sud fragmentée légalement ? Peut-on s’imaginer ce que cela signifiait ? A moins que nous ne donnions naissance à une culture nouvelle, la culture d’une action commune dans le but du bien commun. Et nous l'avons fait dans l'opposition et l'endurance, l'endurance des jeunes qui offrent leur vie pour la justice. Pour le plaisir des amis anglophones, voici le texte :

 I danced in the morning when the world was begun,
And I danced in the moon and the stars and the sun,
And I came down from heaven and I danced on the earth:
At Bethlehem I had my birth.

 Dance, then, wherever you may be,
I am the Lord of the dance, said he,
And I'll lead you all, wherever you may be,
And I'll lead you all in the dance, said he.

I danced for the scribe and the Pharisee,
But they would not dance and they wouldn't follow me;
I danced for the fishermen, for James and John;
They came with me and the dance went on:

Dance, then, wherever you may be,
I am the Lord of the dance, said he,
And I'll lead you all, wherever you may be,
And I'll lead you all in the dance, said he.

I danced on the Sabbath and I cured the lame:
The holy people said it was a shame.
They whipped and they stripped and they hung me on high,
And they left me there on a cross to die:

Dance, then, wherever you may be,
I am the Lord of the dance, said he,
And I'll lead you all, wherever you may be,
And I'll lead you all in the dance, said he.

I danced on a Friday when the sky turned black;
It's hard to dance with the devil on your back.
They buried my body and they thought I'd gone;
But I am the dance, and I still go on:

Dance, then, wherever you may be,
I am the Lord of the dance, said he,
And I'll lead you all, wherever you may be,
And I'll lead you all in the dance, said he.

They cut me down and I leapt up high;
I am the life that'll never, never die.
I'll live in you if you'll live in me:
I am the Lord of the dance, said he.

Dance, then, wherever you may be,
I am the Lord of the dance, said he,
And I'll lead you all, wherever you may be,
And I'll lead you all in the dance, said he.

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L’Eglise hiérarchique trahissait Jésus ressuscité dans le peuple de Dieu en marche en insistant sur son pouvoir associé au pouvoir des colonisateurs d’une « soi-disant civilisation occidentale chrétienne ».

Comment comprendre l'absurde de notre réalité mondiale économique et militaire actuelle sans y déceler le « Seigneur - Jésus - de la danse » en prise avec le diable comme le dit François le pape.

Aujourd’hui, l’expression de notre liturgie est-elle la résonance de la culture de mort des petites gens à travers le monde ? Qu'est-ce l'inculturation du « Notre Père et du pain quotidien» là où la famine est structurellement présente ? Il nous faudrait Mandela le Vivant, avec Jésus de Nazareth.

La jodler Messe à Maria vom Berg a permis l’émergence de ces souvenirs toujours présents en signe d’espérance.

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