20/10/2012

Le signe de Jonas

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Jonas rejeté par le poisson
bas-relief de la cathédrale d'Amiens (France)

Ma réflexion

 Soixante ans en arrière, comme on dit, dans notre Mission « Little Flower secondary School » (au cœur du Township Selborne, Prétoria), j’étais alitée pour cause de « jaunisse » désagréable s’il en est. Une consœur enseignait à ma place. Le bruissement intense de la vie africaine de notre Blackspot bidonville m’était agréable et familier comme une musique de Ravel, arythmique, convulsive.

 Une sœur pousse le rideau de ma cellule, une tasse de thé dans une main, un livre dans l’autre, et un grand sourire aux lèvres, elle me dit : « You’ll like it. » Le thé irlandais avec juste un nuage de lait, dépasse le Fendant valaisan,  une petite conversation entre nous et elle me quitte. Je reste en compagnie de Thomas Merton, auteur du « Signe de Jonas »*.

 Notre situation sociale et politique : remous permanents du système d’apartheid (légalisé en 1948) : lois décrétées coups sur coups, arrestations, meurtres et tout ce qui constitue le régime et contamine la vie sociale dans ce monde d’injustice structurée, légalisée, oui, parfois « acceptée » par les Églises et, fatalement, subie par tous ! La lutte est inévitable, en vous et hors vous…  nous sommes solidaires et nous sommes jeunes au ras des pâquerettes !

 Épuisée par ce virus , je languis pour la paix, le calme, le pain partagé qui nourrit  le courage des pauvres. Comme au temps de Jésus et de ses compagnons.

 Comme aujourd’hui, ici. Je me sens hors système…  avec la présence surprise de Thomas Merton dans ce précieux bouquin. Dès les premières lignes du livre « Signe de Jonas » je me sens comprise : soutenue, en bonne compagnie. Le ventre du poisson : fable, mythe ou symbole, c’est le trou noir mais pas statique, il avance parmi les vagues déchaînées et reflète l’état des lieux.

 Mais je ne suis pas seule dans ce sous-marin dodu. Car, comme toi qui jette un coup d’œil sur ces lignes, nous sommes, chacun de nous, habités par tous les humains dès l’origine et jusqu’à l’achèvement. Nous sommes habités par la réalité, belle, bonne et effroyablement cruelle et inhumaine : celle du bidonville, celle de la Syrie, celle des banques et des scandales… et les autres.

 Est-ce la raison de notre agitation : le désir brûlant  d’une autre réalité de liberté, de paix et de bonheur.

 C’est le Kairos, un moment de décision: ou je choisis la réalité de désintégration, ou je choisis la réalité en état de création permanente. Il faut être conséquent…

 La lutte ne peut être vaine. Je suis, nous sommes en processus d’enfantement (Rm 8,28) sans connaître le visage de l’être muté, enfanté comme la surprise de Pâques, prisonnière trop longtemps d’une cave ecclésiastique, ou d’un giron subaquatique !

 Ma réflexion et le souvenir de Thomas Merton sont pour moi une mini résurrection et je sais que le printemps du moyen Orient continue de fleurir, et nul n’arrêtera sa floraison sur toute la terre et dans tous les cœurs.

 

« Dieu est sa propre loi et sa liberté est la loi de toutes choses. C’est pourquoi les étoiles le servent librement ; le soleil se lève avec un chant d’allégresse, et la lune, pure, douce et silencieuse, se couche sans plainte.

 $(KGrHqJHJDgE9dcbeS+hBPciLiyvZw~~60_35.JPGChacune des vagues de la mer est libre. Chaque rivière proclame son indépendance. Les arbres libres ne possèdent rien, ni ne sont possédés par rien, et relèvent leurs têtes feuillues avec un calme joyeux. Il n’en est pas deux semblables, il n’y a pas deux feuilles pareilles sur le même arbre, ni deux cellules identiques dans la même feuille. Les arbres croissent à leur gré ; et toutes choses font ce qu’elles font pour le plaisir de Dieu. Dieu est grand ; sa libéralité, sa sagesse et sa miséricorde se réjouissent de sa liberté infinie. Il n’a nul besoin de garder les oiseaux en cage. Il laisse l’herbe pousser où elle veut."

 Thomas MERTON, Le signe de Jonas. (et moi)

 

23:04 Publié dans Spiritualités | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | |

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