18/01/2012

HAMAS à Genève

 

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Parce que le Hamas est classé terroriste par Israël, les Etats Unis, l’Union européenne, Monsieur Musheer  Al Masri, en visite à Genève est donc un « terroriste ».

Le leader «terroriste palestinien », Musheer Al Masri , est invité au titre de membre du Conseil législatif palestinien et « élu du peuple gazaouis » dans le cadre d’une union parlementaire sous l’égide du conseiller national socialiste Carlo Sommaruga ».

Pierre Weiss président de l’Association l’Association Suisse-Israël section Genève, Pierre Weiss, proteste contre l’accueil d’un délégué d’un parti « considéré » comme terroriste par l’Union européenne.

J’écris ceci alors que commence à l’Uni-Mail la rencontre, la  conférence, le débat, le partage et que s’esquisse peut-être un petite lumière de paix pour les populations palestiniennes et israéliennes.  Notez qu’à Genève : Un important dispositif de sécurité est en place.

 

Dixit l’Agence KIPA :  « L’Association "Droit pour tous" invite à une soirée intitulée "Gaza, on n’oublie pas!", pour commémorer les attaques contre la bande de Gaza, il y a trois ans. Musheer Al Masri est invité aux côtés de Carlo Sommaruga, conseiller national, Hani Ramadan, écrivain, et Gilles Devers, avocat. »

 

Et je me retrouve, comme si c’était aujourd’hui, il y a une trentaine d’années, en Suisse :

 

Le Congrès National Africain, ses membres, sympathisants, Nelson Mandela ANC étaient classés terroristes, par les Etats Unis et ses alliés ! C’est en 2008 que Nelson Mandela fut rayé de la liste des terroristes aux USA !!!

Je me souviens : je crois que c’était à la salle des Vignerons à la gare de Lausanne pour une rencontre entre deux protagonistes dont un (d’un parti de gauche) et l’autre membre de l’ASA Association Suisse-Afrique du Sud, défenseur du gouvernement raciste en place. Entre ces deux messieurs, il fallait un témoignage : on me pria de témoigner de la « vie dans le système d’apartheid .»

 

Ce que j’ai pu dire provoqua l’ire ironique du protagoniste en faveur du statut quo,  (comme l’étaient Geneviève Aubry, Christophe Blocher et bien des autres) à l’époque. Ce politicien était sûr de ses arguments, de ses théories et je crois qu’il n’avait jamais vécu dans un township, ni creusé dans une mine d’or « De Beer Chamber of mines » !!!

 

L’ANC était terroriste pour lui, Mandela plus dangereux encore que son mouvement puisqu’on commençait secrètement de discuter avec lui en prison… ! C’est lorsque je dis que le mouvement UDF (le Front démocratique Uni qui rassemblait plus de 700 organisations toutes races et classes comprises pour une société nouvelle) venait d’être créé, que je crois avoir marqué un point et que quelques étudiantes/étudiants et amis me soutinrent. Le Politicien ne savait pas encore ce développement !

Quelle soirée ! J’avais l’impression d’avoir été terrorisée dans mon pays natal, pire que par le régime d’apartheid en Afrique du Sud.

 

L’ANC : terroriste

Mandela : terroriste (Jusqu’en 2008, oui !)

Celles et ceux qui s’engagent pour la justice : terroristes?

Et Jésus en son temps? "Il soulève les foules"!

 

Je prie que Musheer Al Masri ne se sente pas « terrorisé » ce soir à Genève.

 

22:54 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (15) | Tags : hamas | |  Facebook | | | |

Commentaires

Beau témoignage!

Écrit par : Johann | 19/01/2012

Merci Chère Madame,
La soirée s'est très bien déroulée et Musheer Al Masri a très bien été accueilli par une salle comble.
Cordialement.
Hani Ramadan

Écrit par : Hani Ramadan | 19/01/2012

Un vif merci pour ce témoignage si éloquent!

Écrit par : Marie-France de Meuron | 19/01/2012

Savez-vous comment sont traités les chrétiens en terre du Hamas?
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La paix selon le Hamas, c'est détruire Israel. La cohabitation des trois religions du livre, sous domination de l'Islam et donc de la charia.
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En tant que chrétien, je suis fâché qu'on puisse comparer Jésus au porte parole du Hamas! Je me demande comment ont peut comparer le fils de Dieu à des va-t-en guerre fanatiques!

Écrit par : Riro | 19/01/2012

"Je prie que Musheer Al Masri ne se sente pas « terrorisé » ce soir à Genève."

Rassurez vous, il y a extrêmement peu de chance pour que cet individu se sente terrorisé, ce serait plutôt la spécialité du mouvement terroriste dont il est le porte parole.

http://www.lefigaro.fr/flash-actu/2012/01/19/97001-20120119FILWWW00414-gaza-agression-d-un-militant-denoncee.php

Décidement vous semblez être en bonne compagnie.

Écrit par : Giona | 19/01/2012

@ Riro et Giona

L'amour de Jésus est inclusif, je crois.

Le Monde du 04.05.11 (http://www.lemonde.fr/proche-orient/article/2011/05/04/reconciliation-hamas-fatah-trois-deputes-arabes-israeliens-presents-au-caire_1516599_3218.html)

merci à tous
claire-marie

Écrit par : cmj | 19/01/2012

"Le Monde du 04.05.11"

A défaut de suivre l'actualité, vous avez le sens de l'humour.

Remarquez si un juif a pu marcher sur l'eau, ce serait bien le diable si les "frères" du hamas-fatah n'arrivaient pas à dialoguer entre eux. Enfin, dialogue franc et viril s'entend et, comme dans tout couple uni, l'héritage ira au dernier des survivants.

Écrit par : Giona | 19/01/2012

"L'amour de Jésus est inclusif, je crois. "

il faudrait arrêter d'utiliser Jésus et son amour comme parade. C'est puéril !
Il n'aurait certainement pas plus accepté les palestiniens, qu'il n'a apprécié
la présence romaine de son époque.

Le Hamas a pour but affiché et avoué la destruction d'un état démocratique,
où justement, chrétiens, catholiques, protestants, évangéliques, orthodoxes,
juifs, musulmans, druzes, bouddhistes et athéistes, religieux ou non-religieux
vivent en paix, alors qu'ils reçoivent quotidiennement des roquettes envoyées
sur leur village sans que les médias relayent l'information.

Beaucoup de personnes à Genève qui ont oeuvré, il y a une vingtaine d'années
pour le dialogue inter religieux, en sont revenus bredouilles et dégoûtés.
J'en fais partie.

Je vous conseille d'écouter la conférence donnée par Masab Hassan Yousef

Masab Hassan Yousef, conférence :
http://youtu.be/9fnCePzHw8w

Interview sur une Chaîne arabe :
http://youtu.be/YHbCGC6amdk


Bon week-end !

Écrit par : kenosha | 21/01/2012

Dieu est super-mega grand, l'homme est tellement plus petit !

Extrait de Wikipedia - Esdras (Uzayr) en arabe, prêtre et scribe

Le Coran (9:30) dit :
Les Juifs disent : “Uzayr est fils de Dieu” et les Chrétiens disent : “Le Christ est fils de Dieu”. Telle est leur parole provenant de leurs bouches. Ils imitent le dire des mécréants avant eux. Que Dieu les anéantisse ! Comment s’écartent-ils (de la vérité) ?

Le Hamas n'a qu'à piocher dans le Coran pour justifier ses actions.

et vous ? vous les soutenez ? bravo, vous avez tout compris... :-)

Écrit par : kenosha | 21/01/2012

Merci pour ces propos à tous. Qu'ils soient appréciatifs ou le contraire, tous m'aident à y voir un peu plus clair, c'est-à-dire, que la réalité, les réalités évoquées sont d'une extraordinaire complexité.
Il est encore plus difficile de parler, ou d'écrire un point de vue sur l'actualité sans d'abord avoir étudié, sous tous ses angles, l'Histoire des contextes, des pays, Histoire qui débouche sur l'actualité évoquée dans ce billet.
Merci des commentaires. Et dommage qu'on ne puisse partager face à face.
Il se peut que notre propre Histoire influe aussi notre perception de l'Histoire des autres.
bien amicalement
claire-marie

Écrit par : cmj | 21/01/2012

Merci pour cette perspective qui voit loin - dans le passe, esperons dans l'avenir !

Écrit par : Carol Scheller | 23/01/2012

Beau témoignage qui montre combien les raccourcis sont trompeurs et ne résistent pas à la marche en avant de l'histoire. P. Weiss est toujours le même donneur de leçons,enfumer le faible et flatter le pouvoir du moment.On se souvient de ses prises de positions lors de la grève Boillat qui a effectivement été pillé par des voleurs.

Écrit par : louis | 25/01/2012

@ Louis, oui, Les ouvriers de la Boillat ont été traités comme de vulgaires "objets disposables" par Swiss metal. "Une voix pour la Boillat" rédigée par Karl à héroïquement accompgné cette lutte... laquelle, si elle paraît vaine, est un exemple qui nous inspire.

Même si cela est parfois fastidieux, on ne peut pas garder le silence face à l'exploitation et à l'injustice.
Merci
claire marie

Écrit par : cmj | 25/01/2012

CE QUE LES CHRETIENS DOIVENT A LEURS FRERES AINES
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Alain René ARBEZ, prêtre, Genève
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Après vingt siècles de christianisme, et de longues périodes d'antisémitisme, la plupart des chrétiens ont quasiment perdu de vue l'origine hébraïque de leur foi. Les développements culturels de la foi issue d'Israël en terre païenne, les conséquences de l'antijudaïsme séculaire, tout a joué dans le sens d'une amnésie spirituelle tragique. Pourtant, que cela plaise ou non, ce qui structure notre identité et notre pratique chrétiennes est issu du judaïsme : "chrétien" vient de "christ", mot grec pour l'original biblique "messie", (mashiah) terme qui n'aurait aucun sens en dehors de l'histoire d'Israël. Nos Ecritures saintes elles-mêmes intègrent telle quelle la Bible hébraïque, à laquelle s'ajoutent les écrits du Nouveau Testament, élaborés avec le même matériau en tant que midrash conclusif de l'étape précédente.
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Durant le premier siècle, la communauté des disciples de Jésus le Nazaréen était encore massivement juive; ce n'est qu'au cours du deuxième siècle que les païens arrivant en force dans l'Eglise changent, non sans une certaine brutalité, le profil initial de leur communauté de foi au Dieu d'Israël. Le terme même d'Eglise, "ecclesia", est une reprise grecque du mot biblique "qehal", l'assemblée des fidèles convoquée par Dieu. (Dans l'épître de Jacques, on trouve d’ailleurs le terme grec "synagogue" pour désigner le rassemblement des chrétiens.) Le mot "paroisse" lui-même, qui vient du grec "paroikia", était déjà utilisé pour désigner les regroupements de Juifs en diaspora, c'est à dire en Perse, en Egypte ou à Rome ! Vers la moitié du premier siècle, Paul le Pharisien devenu familier du Christ ressuscité, écrit à la jeune communauté des Romains: "ce n'est pas toi qui portes la racine, c'est la racine qui te porte!" (Rom 11.18). Quelques décennies plus tard, l'évangile de Jean résumera la démarche en un raccourci saisissant : "le salut vient des Juifs!" (Jn 4.22).
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C'est un fait que les premiers disciples et apôtres, tous juifs, comme Jésus, ont poursuivi naturellement leur pratique spécifique : prière, offrande, liturgie, interprétation de l'Ecriture, recherche d'une éthique en prise avec la vie; c'est bien en tant que croyants juifs qu'ils se sont ouverts à l'universel, et que pour cette raison, quelques décennies après l'expérience de la résurrection, ils ont reçu à Antioche, avec d'autres sympathisants du monothéisme juif, l’appellation de christianoï, c'est à dire messianistes. Après s’être désignés eux-mêmes comme les « viatores », disciples de la Voie, ils ont été progressivement reconnus comme ceux qui croient à "l'avènement des derniers temps". Au tout début du 2ème siècle, au moment même de la rédaction ultime de l’évangile johannique, Ignace d’Antioche affirme : « Là où est le Messie, là est l’Eglise catholique ! ».
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Le rite du miqvè est pratiqué chez les Juifs comme chez les Chrétiens du 1er siècle, c’est une ablution d'eau accompagnant la circoncision, deux signes d'appartenance au peuple de Dieu. (On appelle alors "baptême des prosélytes" une purification spéciale pour les païens sympathisants du judaïsme mais non circoncis, désirant marquer leur attachement à cette foi). Peu à peu, seul le baptême subsistera chez les Chrétiens, afin d'assouplir les conditions d'entrée des non-juifs dans la communauté. Après la destruction du Temple de Jérusalem en 70, Juifs et Chrétiens, qui auparavant y priaient ensemble, vont se réunir dans des lieux de prière de remplacement, conscients d’être les uns et les autres la "demeure vivante" de Dieu qui n'abandonne pas les siens. En ce temps de crise, c’est leurs personnes qui deviennent de ce fait le nouveau mishkan, sanctuaire communautaire et itinérant de la Présence divine, la Shekhina.
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Pour les Juifs chrétiens, la tefilla, la prière communautaire, se fait toda, action de grâces. C’est le repas eucharistique institué par Jésus dans l'esprit même de la Pâque juive comme actualisation de cet événement salvateur. Pour les Juifs rabbiniques, ce sera le rassemblement à la synagogue autour de la Torah. (A signaler que les catholiques ont gardé le pain azyme du seder pascal accompagnant la coupe de bénédiction, par fidélité au mémorial juif de la libération d'Egypte, le zikkaron.). Aux deuxième et troisième siècles, lorsque le nombre des Chrétiens s'est développé, on s’est inspiré des synagogues (exemple, l’église de Doura Europos, Syrie) pour construire des basiliques, afin de donner de l'espace aux liturgies ; mais avec comme archétype le Temple de Jérusalem, car l'autel évoque les rites anciens récapitulés dans le sacrifice du Christ. Cette disposition enracine à jamais toute célébration chrétienne dans l'histoire sainte du peuple d'Israël.
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L’articulation même de la liturgie chrétienne, (proclamation de la Parole de Dieu, action de grâces, communion) reprend le rythme du cérémonial juif. Le calendrier des fêtes chrétiennes s'inspire des grandes fêtes juives, comme Pâques et Pentecôte. A chaque célébration eucharistique, il y a un seuil pénitentiel, un petit yom kippour. Les prières communautaires de l’Eglise se basent quotidiennement sur la récitation des psaumes, souvent chantés (piyoutîm) selon les traditions synagogales, ce qui va donner naissance au chant grégorien, de tonalité orientale.
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Les lampes à huile des sanctuaires rappellent les chandeliers et le décor du Temple de Jérusalem, cette lumière diffuse de la menorah, telle celle de Dieu éclairant les journées hebdomadaires de nos existences; les processions avec l'encens remémorent les liturgies auxquelles Jésus a participé lors de pèlerinages, et où une fumée d'agréable odeur évoque le mystère caché de la présence transcendante du Dieu vivant, comme aux temps de la nuée de l'exode.
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On a souvent insisté sur le fait que Jésus n'était pas prêtre; ce qui n’est pas tout à fait exact. C’est vrai au sens où il n'était pas lévite, officiant permanent du Temple pour assurer les cérémonies de sacrifices d'expiation. Mais c’est faux, si l’on considère que, suite à l'évolution antérieure du judaïsme post-exilique, tout Juif pratiquant avait clairement conscience d'être membre d'une « nation de prêtres », et donc d'offrir à Dieu un sacrifice spirituel par son engagement religieux et éthique au quotidien. Pour rendre témoignage au Dieu d'amour de sa Tradition, Jésus est allé jusqu'au sacrifice de sa vie, dans le registre du Serviteur souffrant d'Isaïe, ce que l'auteur de l'épître aux Hébreux considère comme sa manière d'être le grand-prêtre devant Dieu, celui qui ouvre aux fidèles le véritable sanctuaire du salut, celui par qui le sang versé efface définitivement l'empreinte du mal qui aliénait les consciences humaines.
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Les ornements de la liturgie chrétienne, comme la chasuble et l'étole du célébrant qui représente toute l'assemblée unie face à Dieu, sont directement inspirés du châle de prière juif, le tallit. Les différentes formes de kiddoush, bénédiction traditionnelle, ont également trouvé leur place dans nos célébrations, sans oublier les onctions d'huile parfumée signes de l’effusion d’Esprit, (lors de la semikha d’envoi en mission d’un ministre ordonné, d’un engagement envers la communauté, d’une prière de guérison et de sérénité pour un malade, etc.).
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Même le signe de croix sur le front, chose étonnante, vient du judaïsme, tout simplement parce que la lettre hébraïque tav, (voir Ez. 9.4) était communément tracée sur le front de juifs pieux en signe d'attachement à la Torah; et la forme ancienne du tav était X ou +. Peut-être est-ce ce que Jésus a voulu dire, si c’est bien avant sa crucifixion qu'il a affirmé à ses disciples : "que celui qui veut être mon disciple porte sa croix…"(Mc 8.34) = c'est à dire "porte son tav, en forme de X", et donc: porte le "joug" de la Torah?…Jean le présente comme l'aleph et le tav, le commencement et la fin. Celui qui est venu accomplir et non pas abolir l'enseignement de Moïse et des prophètes nous invite urgemment à retrouver la sève hébraïque de notre foi chrétienne. Ce qui n'est pas une option secondaire, si nous voulons prendre au sérieux l'humanité de Jésus, son enracinement, pour être ses disciples attentifs.
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Etre fidèles au rabbi Yeshua "vivant par delà sa mort", signe messianique pour tous les hommes de bonne volonté, c'est inévitablement prendre en compte l'incarnation de la Sagesse des pères et de la voix des prophètes manifestée en lui. Sinon, impossible de considérer qu'en Jésus la logique de l'alliance, par laquelle Dieu rencontre l'humain, est parvenue à son accomplissement. C’est aussi se donner les moyens de mieux comprendre et de mieux respecter la spiritualité et la piété de nos frères juifs. Le pape Jean-Paul II l’avait formulé de manière provocatrice : « qui rencontre Jésus Christ rencontre le judaïsme ! ».
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Copyright Alain René ARBEZ, prêtre, Genève

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Par l'Abbé Alain René Arbez, Genève

Mercredi 21 juillet 2010 ? 10 Av 5770


J'étais à Jérusalem en l'an 2000, avec un groupe d'enseignants suisses romands auquel je présentais ? dans le cadre de l'Institut Yad Vashem ? les conséquences catastrophiques de l'antijudaïsme chrétien aboutissant, entre autres, à la Shoah. Invité, en tant que prêtre genevois de passage, par le Patriarche Sabbah à sa table au Patriarcat Latin, je garde un souvenir étrange de ce moment d'échange. Au cours du repas, le Patriarche d'alors, d'origine jordanienne, me dit, comme s'il récitait la ligne du Parti : « Vous savez, nous Arabes Palestiniens, sommes les descendants des apôtres de Jésus ! ».

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Instinctivement, je lui répondis : « Monseigneur, je ne vous comprends pas bien. Les Apôtres de Jésus étaient comme lui des hommes du pays, de la Judée, pays des Juifs, ou de la Galilée. Le premier message apostolique s'est nourri de la tradition d'Israël dont il se voulait la continuité. Les Arabes, quant à eux, sont venus d'Arabie, au moment de l'islamisation de la région par l'épée, mais surtout pour la plupart, au début du 20ème siècle, lorsque les Juifs, enfin de retour sur leur terre ancestrale, ont remis en valeur l'économie locale. Je ne saisis pas bien le sens historique de votre propos' ». Le Patriarche reprit : « Mais vous pouvez lire dans Les Actes des Apôtres que lors de la Pentecôte, parmi les peuples présents à Jérusalem, il y avait des Arabes ». « Monseigneur, lui dis-je, les Arabes présents à Jérusalem, comme les Mèdes ou les Perses dont il est question, sont tout simplement des Juifs venant de ces pays mentionnés et qui sont là comme chaque année aux grandes fêtes de pèlerinage comme la Pâque juive ou comme Shavouot. Ces fêtes rassemblent des Juifs de tous les pays de la diaspora, à la manière d'une anticipation symbolique du message d'Ezekiel, prophète du retour d'exil à Jérusalem ».

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Le Patriarche sembla fâché de ne pas avoir en face de lui un ecclésiastique européen formaté, c'est-à-dire un interlocuteur acquis d'avance à l'idéologie partisane qu'il développait habituellement dans ses sermons, et il changea brutalement de sujet de conversation. Mais son secrétaire, après le repas, me fit la réflexion suivante, d'un air réprobateur : « Contrairement à ce que vous semblez penser, vous devez savoir qu'Israël n'est qu'une parenthèse de l'histoire ! Israël croit qu'avec la force il gagnera sur les Palestiniens. Mais vous verrez, dans quelques semaines, des événements vous démontreront le contraire » (En effet, peu de temps après, allaient éclater les heurts de la deuxième Intifada, prétextant la visite d'Ariel Sharon au Kottel comme motif de la violence de rue).

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Dès mon retour à Genève, je fis part de mes interrogations au Cardinal Jean-Marie Lustiger, lui précisant que des troubles graves semblaient comme programmés. Aussitôt, l'archevêque de Paris me répondit simplement : « Je suis au courant ; la situation est explosive ». Cet aspect de la pensée négationniste (ou néga-sioniste) du Patriarche (et de nombreux dignitaires arabes chrétiens) apparaît clairement dans son ouvrage publié quelque temps après (« Paix sur Jérusalem »), un manifeste élaborant une théologie palestiniste de remplacement en parfaite contradiction avec la pensée de Vatican II mais aussi avec l'action providentielle des trois décennies de pontificat de Jean Paul II au service du rapprochement judéo-chrétien.

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Comme si la situation de la Terre Sainte n'était pas prioritairement concernée par l'urgence de rétablir des relations fraternelles entre chrétiens et juifs, dans l'esprit du premier siècle, avant les dérives fratricides et les errements théologiques qui ont suivi. Si l'Eglise ne réagit pas avec intelligence et promptitude, c'est l'histoire qui sera juge de cette pensée néo-marcioniste encore virulente parmi les chrétientés du Proche-Orient et hélas de plus en plus infiltrée dans les mentalités occidentales, puisque encouragée par un antisémitisme musulman grandissant.

Abbé Alain René Arbez, Genève
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ISRAEL TERRE D'ALLIANCE, CARREFOUR HISTORIQUE ET THEOLOGIQUE (par chapitre)
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Par Alain René ARBEZ, prêtre catholique

Selon le cardinal Schönborn, "c'est un fait aussi bien pour la foi juive que pour la foi chrétienne, qu'il y a eu une fois et une fois seulement, dans l'histoire de l'humanité, un pays, un pays bien déterminé, dont Dieu a pris possession pour toujours, comme étant Son héritage (1S, 26/19) Son pays (Jr 2/7) et qu'il a confié au peuple élu par Lui, Israël, comme étant Son propre peuple (Dt 1/36)"… L'archevêque de Vienne poursuit: "on ne peut guère mettre en doute que la fondation de l'Etat d'Israël soit liée à la promesse biblique de la terre". (Rappelons pour mémoire que le Saint-Siège a signé sa reconnaissance de l'Etat d'Israël dans un Accord fondamental en 1993). Cet éclairage théologique et historique élémentaire fait encore souvent défaut à de nombreux Chrétiens, peu conscients du fait que l'Eglise du Christ est enracinée dans le judaïsme, et que, comme l'a rappelé maintes fois Jean Paul II, le destin du christianisme est intimement lié à celui du judaïsme. Quand les Chrétiens ne sont pas capables de reconnaître la réalité incontournable de l'Etat d'Israël comme prolongement historique de la promesse de la terre au peuple élu, ils ne respectent pas l'identité spirituelle et historique de leurs frères juifs tant éprouvés au cours des siècles. Plus encore, ils scient de manière suicidaire la branche sur laquelle ils sont greffés! Or le christianisme n'est pas un état d'âme humaniste flottant au gré d'idéologies du moment, c'est une religion, profondément ancrée dans le judaïsme, et en dehors duquel elle n'a aucun sens. La terre d’Israël fait partie de l’alliance entre Dieu et son peuple, sinon la Bible n’est qu’un livre de contes de fées.
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Il faut admettre que les événements du Proche-Orient, tels qu'ils sont relatés par les médias occidentaux, brouillent fatalement la perception de ce double enjeu de la survie d'Israël, pour les juifs d'abord, pour les chrétiens ensuite. Dans la plupart des cas, on entend répéter mécaniquement des appréciations du conflit formatées par une surenchère médiatique quotidienne clairement disproportionnée et visiblement orientée. Les exemples surabondent ! Il ne s'agit pas ici d’évaluer la situation des uns au détriment des autres. Mais pour comprendre quelque chose à la géographie de la région, il faut d’abord regarder l'histoire.

Écrit par : Patoucha | 25/01/2012

@ Patoucha, impossible de publier tous les les longs commentaires. Les articles de Alain René ARBEZ sont dans le contexte de son engagement et de sa fontion dans l'organisation au sujet du dialogue avec Israël que je soutiens.

Écrit par : cmj | 26/01/2012

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