30/12/2008

Ondes de choc sur Bethléem

 

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« Rien n’a jamais été dit par les saints sur l'intimité divine,  qui n'ait été mieux chanté par le vent d'été dans les arbres »

Rien n'a jamais été écrit par les théologiens de la belle présence de Dieu,  qui n'ait révélé dans les cristaux d’un matin glacial sur la fenêtre

Rien n'a jamais été créé par les artistes sur l’incarnation de l'amour,  qui n'ait été plus humainement révélé sous les paupières assoupies du petit nouveau-né »

Des écoliers africains ont mis en scène ce conte d’un auteur centrafricain :

« Les mages dans leur attirail royal offrirent leurs précieux cadeaux  à Jésus et à ses parents. Peu après leur départ arrivèrent trois étranges individus à l’allure louche : l’un en haillons boitillant à l’aide d’une canne. Le deuxième, des chaînes aux poignets, était nu à part son zizi recouvert d’un short effiloché. Le troisième était blanc comme un cadavre, et il portait une perruque de cheveux gris en bataille et était recouvert d’un vieux tee-shirt africain. Lorsqu’ils virent approcher ces gens, un chœur de voisins spectateurs, hommes et femmes, se mirent à crier : « Joseph, ferme la porte, ce sont des voleurs et des vagabonds qui vont dérober tout ce que nous avons reçu ! »

Joseph répondit : « Tout le monde a le droit à cet enfant – les pauvres, les malheureux, les marginaux, les nuls. Nous ne garderons pas l’enfant pour nous seuls. Qu’ils entrent ! »

« Les trois personnages entrèrent et se mirent à contempler le bambin. Papa Joseph ramassa les cadeaux laissés là par les Rois mages. Il dit au premier : « Tu es pauvre. Prends cet or et achète-toi ce dont tu as besoin. Nous n’aurons pas faim .»

Puis Joseph dit au deuxième : « Tu es enchaîné et je ne sais comment te libérer. Prends cette myrrhe – cela peut guérir les plaies de tes poignets et de tes chevilles. » Puis Joseph s’adressa au troisième et dit : « Ton esprit est dans l’angoisse. Je ne peux te guérir mais l’arôme de la myrrhe soulagera ton âme douloureuse. »

Alors le premier des trois répondit à Joseph : « Ne me fais pas ce cadeau. Quiconque me trouverait le portant dirait que je l’ai volé. De plus, malheureusement, ton enfant sera aussi mis au rang des criminels ! »

Le deuxième dit : « Ne me donne pas cette myrrhe onctueuse ! Garde-là pour l’enfant car un jour il portera mes chaînes. »

Et le troisième dit : « Je suis un perdu. Je n’ai foi en rien. Dieu est absent du pays de mon esprit. Que l’enfant garde pour lui cet encens car il va perdre foi en son Père. »

Joseph et Marie se couvrirent le visage de leurs mains. Les trois hommes s’adressèrent à l’enfant : « Petit enfant, toi, tu ne viens pas du pays de l’or, de l’encens ni de la myrrhe. Tu appartiens à notre monde. Tu es un des nôtres. Tu viens du pays de la faim, de la soif, de la maladie. Laisse nous t’offrir ce que nous avons. »

Le premier ôta ses haillons : « Accepte ces haillons. Tu en auras besoin le jour où ils te dépouilleront de tes habits et te laisseront marcher nu vers l’échafaud. »

Le deuxième dit : « Quand je serai délivré de ces chaînes je les mettrai de côté pour toi, car tu les porteras un jour, et tu connaîtras vraiment la souffrance de l’humanité. »

Le troisième dit : « Je t’offre ma déprime, ma perte de foi en Dieu et en tout. Je ne puis plus porter ce fardeau. S’il te plaît, unis ma peine et ma misère à la tienne. »

Les trois s’enfoncèrent dans la nuit. Mais cette nuit était différente des nuits d’avant. Quelque chose s’était passé dans cette étable. La douleur insupportable des gueux semblait quelque peu soulagée… Espèce d’épiphanie hors temples et églises. La liturgie que Jésus souhaiterait voir célébrer dans les hauts lieux des pouvoirs religieux aujourd’hui !

La timide étoile s’aventurerait pour nous montrer le chemin où Dieu, tendre et fragile, habite : en chacun de nous.

 

(Source : Gérard, prêtre dans une township d’Afrique du Sud a assisté à la mise en scène de cette liturgie par les jeunes étudiants de sa paroisse. Il a rapporté ce fait à Daniel O’Leary et ce dernier l’a publié dans l'hebdomadaire « The Tablet » du 20/27 décembre 2008. Ma traduction.

www.thetablet.co.uk )

 

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