04/03/2008

Doris Lessing - III

Un regard qui scrute l’envers des choses

 

  

La tranche de pain porte en elle les labours, le labeur du semeur, du paysan, du meunier, de la boulangère. Je me rassasie du travail et de la sueur des faiseurs de pain. Dans quel but?

 

Les superbes cathédrales suintent la sueur, les larmes, le sang des serfs, des esclaves, des païens, des musulmans. Les évêques y célèbrent «le Dieu tout-puissant». Quel sens?

 

Les ciboires, les calices en or massif contiennent le pain, le vin… le «corps du Christ»… Le Christ écrasé au fond des mines de Johannesburg. Quel sens?

 

Les autoroutes où ne roulera guère la main-d’œuvre étrangère qui les a construites… quel sens?

 

Je peux continuer ainsi pour chaque chose que je vois, chaque objet «inanimé et qui a une âme qui s’attache à la nôtre et la force d’aimer» (merci à Lamartine), elle me force à «prendre conscience de la vie des choses».

 

Doris Lessing, elle, a une conscience quasi exacerbée des travailleurs de l’ombre, des petites mains, des mineurs, des balayeurs de rue, des videurs de poubelles. Ceux-ci sont l’envers des grands de ce monde entourés de gardes de corps ou de gardes de toutes sortes. Tous sont des frères humains aux veines gonflées d’un même sang vermeil sans distinction de couleur de peau, ni de longueur de nez. Alors, je questionne: c’est quoi cette faille dans la création qui sépare les uns des autres dès son origine? L’idée ou la réalité de l’échelle et des échelons? La réalité des systèmes à gogo qui créent dès avant le berceau des êtres systématisés pour une société à jamais fragmentée et guerrière?

 

Doris Lessing: «Nous sommes tous fabriqués, pervertis, déformés par la guerre» (p. 21 Dans ma peau). Le petit cul est assis sur le bois de la prothèse de son père mutilé de guerre, et qu’elle aime.
«Comment cela - t-il pu arriver?»

 

Son papa travaille à la Banque impériale de Perse à Kermanshah où elle est née «dans cette grande maison de pierre sur un plateau entouré de montagnes aux sommets enneigés, dans cette ancienne ville de marchands… en partie réduite en poussière par les bombes pendant la guerre des années 1980 entre l’Iran et l’Irak» (idem p 19). «Des guerres qui ne s’achèvent pas avec l’armistice»!!! «Comment cela peut-il arriver?»

 

Doris Lessing dit: «J’ai dû me battre pour établir ma propre réalité et résister aux adultes qui insistaient pour me faire accepter la leur. J’ai subi des pressions car on voulait m’obliger à admettre que la vérité était autre chose que ce que je voyais de mes propres yeux.» (idem p. 25)

 

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